Histoire & Géographie

Etymologie et Histoire 

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  • Plusieurs appellations

    Hénon est une paroisse dès 1274 ; le chevalier Guillaume Le Noir y engage des dîmes. Elle est comprise dans l'archidiaconé de Penthièvre et relève de la châtellenie de Moncontour. Elle appartint, sous l'Ancien Régime, au diocèse de Saint-Brieuc et élit sa première municipalité le 3 février 1790. Le nom de la commune de Hénon est officialisé le 27 octobre 1801. On rencontre les appellations suivantes : Hennon (en 1205), Par. de Henon (en 1274), Henon (vers 1330).

    Relier Lamballe à Gouarec

    La commune était traversée par la voie romaine qui, allant de Lamballe à Gouarec, passait au Bas Chemin, à Hauterue, à la Rue, à la Ville neuve (il y fut trouvé, en 1928, 52 haches phéniciennes en bronze), au Haut Chemin avant de gagner Ploeuc.

    Un grand nombre de villages

    La commune de Hénon comprend les villages suivants: la Vallée, Arondel, le Pré-Guihiot, Forville, les Grands-Moulins, Belle-Vue, la Roche, la Haute-Ville, la Ville-Avenet, la Maladrie, Bourienne, Fétabry, le Beau-Cadalu, Pélan, Guémeheux, le Vau-Tenet, les Préreux, le Village, la Ville-Galais, Fébillet, la Touche-Rouault, Port-Martin, le Vau-Bonet, le Champ-Dolo, la Ville-des-Brières, le Vaugouro, la Touche-ès-Plats, les Aulnays, Launay-Noël, le Gué-Briand, la Haute-Braise, la Ville-Balay, le Claquenêtre, Blavet, la Neauvais, la Ville-Chuplé, les Mezrues, le Grand-Bourieux, la Salle, Tertre-Moro, la Haye, Hazaye, la Fossette, la Ville-Robert, la Motte, la Lande, le Bas-Guerlan, le Haut-Guerlan, la Touche-Heurtaux, le Clos-des-Aulnes et divers autres lieux-dits.

    Un important cours d'eau

    L’Evran, formé par la réunion du Monvillo et de Launay, est la rivière la plus importante de la commune. Son nom, identique à celui du chef-lieu de canton Evran, est de nature à éclairer le sens de ce dernier. Le fait qu’il s’agisse d’un cours d’eau confirme l’hypothèse d’un composé de « eve », eau et de « randa », limite pour confier à l’ensemble le sens de cours d’eau servant de limite. Evran équivaut également à Ingrandes, Aigurande, Eygurande. L’équivalence sémantique Iguerande (Saône-et-Loire), Yvrandes (Orne) et Evran (Côtes d’Armor) est essentielle en toponymie puisqu’elle confirme l’évolution linguistique du « gu » en « v » que l’on retrouve aussi dans les termes « guern » et « vern ».

  • Hénon vient, semble-t-il, du breton « hen » (vieux) et « onn » frêne). L’existence d’une autre localité Henon à Saint-Domineuc en Ille-et-Vilaine serait de nature à renforcer cette hypothèse. Hénon est un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Plémy.

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Un territoire

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  • Sa position géographique (triangle formé par Lamballe, Saint-Brieuc et Loudéac) et sa desserte par des voies secondaires (RD 1, RD 765 et RD 768) permettent à sa population de rejoindre rapidement les grands axes de communications que son la RN 12 (Rennes, Saint-Brieuc et Brest) et la RN 164 (Rennes, Loudéac et Châteaulin).

  • La Commune de Hénon est située au centre du département des Côtes d'Armor :

    • à un peu moins de 20 km de Saint-Brieuc et de Lamballe,
    • à 6 km de Moncontour-de-Bretagne, son chef de canton,
    • à moins de 15 km du littoral (Baie de Saint-Brieuc).
  • Le relief est dessiné par les ruisseaux de Catuélan et du Moulin Roussé, affluents de l'Evron, qui forment des ruptures dans le paysage. A noter que les limites Ouest et Sud de la Commune sont proches des lignes de crêtes qui séparent Hénon des Communes voisines de Saint-Carreuc et de Ploeuc-Sur-Lié. Le bourg quant à lui est juché sur le haut d'une colline d'une altitude d'environ 150 m, le bourg s'imposant comme un véritable point de repère dans le paysage communal et même au-delà de ces dernières.

  • Le territoire communal est caractérisé par un relief très vallonné, les altitudes décroissent depuis le Sud vers l'Ouest de la Commune avec des points culminant à 250 m d'altitude, jusqu'à la rivière de l'Evron en limite Est de la Commune à 60-70 m d'altitude.

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Une population

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  • L’évolution de la population de Hénon depuis 1968 peut être découpée en trois grandes phases :

    • entre 1968 et 1975, la population de Hénon, comme bon nombre de communes rurales, a connu une très forte décroissance de ses effectifs (-22 habitants en moyenne par an, soit une régression de population de – 8% sur cette période),
    • entre 1975 et 1999, Hénon a connu une période de stabilité de ses effectifs oscillant entre 1730 et 1740 habitants,
    • depuis 1999, Hénon connaît un véritable boom de sa population qui lui a permis de retrouver quasiment son niveau de population de la fin des années 60.
  • Le recensement effectué en début d’année 2008 annonce 2 059 habitants pour notre population globale soit plus de 300 habitants par rapport au dernier recensement de 1999. Cette tendance se poursuit depuis. Lors du dernier recensement de 2013, la commune comprend plus de 2200 habitants, preuve du dynamisme de cette dernière !

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Histoires racontées sur Hénon

  • Le drame de la ferme des Salles en juillet 1944?

    « Nous avons célébré le 65ème anniversaire du débarquement et c'est «l'occasion » de nous rappeler les faits tragiques qui émaillèrent la libération de la Bretagne durant l'été 1944? Les troupes d'occupation, dont la tristement célèbre « Gestapo », sentant le vent tourner en leur défaveur, entreprirent une ?uvre macabre afin de laisser une trace indélébile de leur funeste passage, aidées en cela par la milice française et autres dénonciateurs zélés? Leur cible ? Le maquis ! Torture, déportation, exécutions? Les maquisards subiront de lourdes pertes en cet été meurtrier. Le dimanche 9 juillet 1944 c'est le drame à HENON? A la ferme dite « des Salles », un groupe de maquisards, accompagnés de parachutistes français du Spécial Air Service (SAS) arrivées d'Angleterre, se préparent à réceptionner un « largage » d'armes la nuit suivante? L'opération s'avéra mal préparée, et les soldats nazis avertis par quelques personnes, se rendirent aux « Salles » et attaquèrent par surprise ! Le combat fut d'une extrême violence, quelques maquisards et parachutistes parviennent à s'enfuirent, les autres sont tués au combat ou fait prisonniers? Prisonniers, les enfants de la famille GOUELIBO (Pierre et Louis GOUELIBO furent éloignés et cachés chez des proches (Pierre est décédé récemment)) locataire de la ferme le furent également, tout comme leur mère pourtant absente au moment des faits, et furent conduit avec leurs camarades d'infortunes à UZEL siège de la « Gestapo »,où ils furent torturés et exécutés !

    Leurs dépouilles seront « sommairement » ensevelies dans la forêt de « Lorge ». Mais le drame ne s'arrêta hélas pas là pour les habitants de HENON, les soldats nazis cherchant à « faire » un triste exemple de leur pouvoir (qui était pourtant sur le déclin). Ils regroupèrent tous les hénonnais peu enclin avec leur « politique » et firent du « nombre » avec quelques personnes présentent dans le bourg à ce moment là (Certains « otages » vivent encore à HENON) ! Ils furent ainsi tous emmenés à leur tour à UZEL pour en faire des otages? Leurs vies contre les maquisards tel était l'horrible chantage ! Un jeune maquisard du nom de Jean SIO (La commune en hommage au sacrifice du jeune maquisard a donné son nom à une rue du bourg) se dénonça et assuma la responsabilité du « largage » des armes à la ferme « des salles » et donna sa vie en échange d'innocents? La ferme fut incendiée dans la soirée après que le bétail fut saisi et emmené ?»

  • La statue de Notre-Dame du Roncelet, dans le transept de l’église, est bien connue des Hénonnais. Mais dire d’où vient cette belle statue est moins évident. Le Roncelet, ou Roncelay, était une chapelle dédiée à la Vierge et à Saint-Laurent. Elle était située sur la route de la Mare, face à la Maison-Neuve, sur une parcelle qui s’appelle toujours Le Roncelet. Il n’en reste aujourd’hui que quelques tessons d’ardoises. Dans le cadastre napoléonien de 1808, elle est signalée comme « masure ». Un peuplier solitaire, au milieu de la parcelle, indique à peu près son emplacement.

    En remontant le temps, nous découvrons que l’histoire du Roncelet se mêle à celle du village de Lyvillion. Les archives des seigneuries du XVIe siècle apportent quelques repères : « chemin de Lyvillion au Clos-Collet », « chemin du village de Lyvillion à la métairie des Jaunais ». Puis un acte de sépulture de 1639 arrive à point pour clarifier la situation : « Damoiselle Hélène Le Forestier décéda le 26e jour de décembre l’an 1639. Le lendemain son corps fut inhumé en la chapelle de Lyvillion, autrement dit du Roncelet, où était présent M. Le Forestier, sieur de Lyvillion ». Voilà qui est clair : Le Roncelet et Lyvillion, c’est le même village.

    De 1639 à 1655, on relève huit autres actes de sépulture au Roncelet dont celui de Jean Le Marchand de la Hazaie et celui de Catherine Thomas de Cardreux. Le Roncelet servait de chapelle paroissiale. Ceci est confirmé par trois actes de mariage enregistrés à Quessoy : en 1616, mariage de Jean Baudet et Guillemette Couvé, en la chapelle du Roncelay ; les deux autres en 1621 et 1625. Vers 1660, le village de Lyvillion est habité par Georges Collas et René Le Hérissé. Ce dernier, né en 1642, est le fils de Jean Le Hérissé et Perrine de Beaurepère, qui se sont mariés à Plédran en 1641. René épouse Isabeau Morin et le jeune couple habite Lyvillion avant d’aller s’installer à la Mare.

    Avec un document beaucoup plus ancien, remontons jusqu’au Moyen-âge. En 1427, une enquête pour la reformation des fouages (impôts par foyer) recense les chefs de famille par village ou par quartier. Pour Lyvillion, dix-sept noms sont retenus, parmi lesquels Eon Pilet et Thomin Pilet, Alain Verdes, Perrin Le Héricé et Jouhan Le Héricé. Ces noms évoquent bien le quartier, Croix-Pilet et Hôtel-Verdes, puis Lyvillion pour les Le Héricé qui habitaient déjà ce village. Seule l’orthographe a changé.

    Il reste une question : quand ce village de Lyvillion ou Le Roncelet a-t-il pris son troisième nom, La Maison-Neuve ? Un acte notarié de 1758 nous met sur la voie. Il cite Demoiselle Catherine Le Hérissé demeurant à la « maison neuve du Roncelet ». On en conclut que le village doit son nom à une construction nouvelle pour l’époque. Signalons pour terminer qu’en 1791, dans une énumération des biens de la Mare, il est fait mention de « l’assemblée de Saint-Laurent, le 10e d’aoust, à la chapelle du Roncelet ». Ceci confirme que la chapelle est toujours là, en attendant son abandon à l’époque révolutionnaire.

  • Cette année nous célébrons le 90ème anniversaire de la fin de la « Grande Guerre ». Ce premier conflit mondial qui a fait des millions de morts devait être « la der des ders». Hélas une vingtaine d'années plus tard le monde s'embrasait à nouveau ! La guerre de « 14-18 » fera surtout des victimes militaires, comme en témoignent les monuments aux morts que l'on retrouve dans chaque village de France, et HÉNON ne sera pas épargnée puisque près de 170 jeunes hénonnais donneront leur vie « à la Patrie » (sur une population de 2 800 habitants à l'époque). Les bretons en général payèrent un lourd tribut dans ce conflit? Peut-être par patriotisme, mais plus surement par habitudes d'obéir aux ordres, ils étaient le plus souvent placés en premières lignes là où les combats se terminaient fréquemment à la baïonnette. Pour HÉNON et sa population, la perte d'une partie de ses fils causa ce que l'on nomme un « accident démographique » c'est-à-dire que non seulement la commune pleurait les fils qu'elle venait de perdre, mais elle voyait l'avenir s'assombrir car ces jeunes hommes auraient fondé des dizaines de familles sur la commune. Pour conclure sur ce conflit, méditons sur l'esprit revanchard des français (suite la défaite de 1870 et la perte de l'Alsace et la Lorraine) envers les allemands, qui les incita à les humilier en leur imposant ce qu'ils appelèrent le « diktat de Versailles », et entraîna à son tour un tel ressentiment qu'il conduira au second conflit mondial.

  • Jérôme le Borgne

    Cette invention diabolique des nazis lors de la dernière guerre mondiale a été créée dans le but d'exterminer le maximum de gens en un minimum de temps. Etaient principalement visés les juifs, les tziganes mais aussi les communistes et certains résistants.

    Quand les bruits ont commencé à circuler sur l'existence de ces camps, personne ne voulait y croire ? L'exemple de ce détenu ayant profité d'une corvée à l'extérieur du camp d'Auschwitz pour s'enfuir, et qui rentra en contact avec un réseau de résistance, afin d'alerter les autorités de l'époque sur ce qui se passait dans les « camps » est assez éloquent... Son incroyable témoignage le fit tout simplement passer pour un fou menteur ! Simone Weil, qui a été elle aussi déportée, déclarait ainsi quant à la crainte de ne pas être crue : « nous avons vécu l'indicible? Notre obsession était qu'on ne nous prenne pas pour des affabulatrices si on n'en réchappait? ». Le défunt leader cégétiste, Henri Krasuki, ami de Madame Weil, déporté à l'âge de 18 ans tenait d'ailleurs les mêmes propos?

    Jérôme Le Borgne, né le 21 novembre 1896 à l'Elbrun en Hénon,fut mobilisé en 1915 à l'âge de 19 ans, victime des gaz toxiques, il fut démobilisé en 1919 avec le grade de lieutenant. Comme beaucoup de jeunes hommes de l'époque, il parti chercher du travail hors de Bretagne et atterrit en Picardie, puis dans la Somme où il se maria à Moislains (80). Instituteur, puis directeur de l'école communale, il fut à nouveau mobilisé en septembre 1938, remobilisé en septembre 1939 et fait prisonnier le 22 juin 1940 puis libéré comme ancien combattant en août 1941. Engagé dans les FFCI en mars 1942, il est arrêté le 1er juin 1944 pour faits de résistance, entre autres pour avoir caché des aviateurs américains? Interrogé et incarcéré, il est transféré à Compiègne le 15 juillet 1944. Il est intégré à un convoi de 1 528 hommes entassés dans des wagons à bestiaux (100 par wagon) direction le camp de concentration de Neuengamme en Allemagne. L'accueil fut terrible. Arrivés de nuit, les prisonniers sont éblouis par les projecteurs, et sont sous les coups des SS qui hurlent des ordres incompréhensibles en allemand. Le lendemain, ils étaient immatriculés? Jérôme Le Borgne reçu le matricule 37 312. Il fut envoyé par la suite à Osterot (un camp annexe exploitant plus de 800 déportés au profit des entreprise Krupp).

    Devant l'avancée des troupes alliées, les SS décidèrent l'évacuation d'une partie des déportés de ce camp (le 6 avril 1945) vers Landbostel, camp mouroir dépendant de Neuengamme. Après le départ des SS, et malgré l'aide apportée par les PG(Prisonniers de Guerre), 2 700 cadavres non identifiés furent dénombrés le 29 avril 1945 à l'arrivée des soldats britanniques. Jean Morin de Saint-Carreuc, centenaire décédé l'an dernier, comme prisonnier de guerre a porté de la nourriture à Jérôme Le Borgne après le départ des SS, mais épuisé et malade il décéda avant son rapatriement le 9 mai 1945 à l'âge de 49 ans. Tous les décédés après la libération du camp ont eu leur corps rendu à leur famille. Jérôme Le Borgne est enterré à Moislains ou une rue porte son nom. Il a eu deux enfants : Suzanne, ancienne professeur d'anglais, et Yves, ingénieur chimiste décédé en 2009.

    Victor Andrieux

    Dans cette seconde chronique consacrée aux hénonnais déportés lors de la seconde guerre mondiale, je vais vous présenter le calvaire de Victor Andrieux (oncle de la famille Andrieux résidant au lieudit « la Teurtrée » aujourd'hui). Victor Andrieux est né le 19 juin 1898 à Cariza en Hénon. D'après son acte de naissance, il s'est marié le 28 septembre 1922 avec Reine Tirlet à Paris (19ème). Membre de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), il fut pourtant arrêté en tant que « communiste » * une première fois le 19 octobre 1941 à Paris par l'armée allemande (il fut interné à Compiègne jusqu'au 30 mars 1942), puis une seconde fois le 13 juin 1943, par l'armée allemande à nouveau, qui le transféra une seconde fois à Compiègne le 25 juin?

    Victor Andrieux fut alors intégré à un convoi, constitué de wagons à bestiaux, où 999 hommes étaient entassés à raison d'une centaine par wagon à destination de Weimar en Allemagne (ce fut d'ailleurs le premier convoi important parti de Compiègne et parvenu directement au camp de Buchenwald). Dans ce convoi, il y avait 860 français et 139 « étrangers », le convoi fut notamment marqué par 34 évasions à Chalons/Marne? Arrivés le 27 juin 1943 à Weimar, les « déportés » firent le trajet entre la gare et le camp de Buchenwald à pieds. Victor Andrieux reçu le matricule 14 574. Il y fut emprisonné plusieurs mois avant d'être transféré le 7 janvier 1944 au camp de Dora (camp annexe de Buchenwald distant de 80 Km).

    * Pour la milice ou la gestapo, toute personne ayant une attitude antinazie était désignée comme terroriste ou comme communiste. Accusés par le régime de Vichy, avec les Franc-Maçons et les juifs, d'être coupables de la défaite, les communistes de l'époque étaient pourchassés et arrêtés? Et pour nombre d'entre eux déportés. La lutte qu'ils menèrent durant l'occupation fut notamment reconnue par le Général de Gaulle en leur offrant de nombreux postes au sein du Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF)

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    Ouvert à la fin du mois d'août 1943 à la suite des bombardements du centre de recherche des fusées V2 (fusées très puissantes de 350 Km de portée lancées sur l'Angleterre à partir de septembre 1944), ce camp souterrain situé à Kohnstein au sud du Harz, avait pour mission l'assemblage desdites fusées? Les déportés y étaient exploités dans des conditions inimaginables? ils étaient ainsi enfermés jour et nuit dans les tunnels, et, à cause d'atroces conditions de vie et de travail, mouraient pour nombre d'entre eux au bout seulement de quelques semaines ! Devant l'avancée des troupes alliées, les SS décidèrent l'évacuation du camp de Dora devenu autonome depuis octobre 1944. Les évacuations vers Bergen-Belsen commencèrent dans des conditions dantesques? Les déportés qui rallièrent le camp de Bergen-Belsen à pieds et qui ne pouvaient plus suivre le rythme étaient abattus par les SS, d'autres furent entassés dans des wagons à « ciel ouvert »? Le camp de Bergen-Belsen était l'apologie de la honte ! Les déportés, dont Victor Andrieux, étaient livrés à eux-mêmes, sans nourriture et sans eau? Ils devenaient de véritables « cadavres ambulants » se déplaçant tels des fantômes? Des milliers de corps sans vie jonchèrent rapidement ce sol.

    Les troupes anglaises libérèrent le camp le 15 avril 1945 ; malgré les soins qui lui furent prodigué, Victor Andrieux décéda le 22 avril à l'âge de 47 ans sans avoir pu revoir sa famille et son pays. Sur les 999 malheureux formant le convoi au départ de Compiègne, 387 étaient morts ou portés disparus.

    Pierre Le Hérissé

    Pierre, Marie, Antoine Le Hérissé est né le 22 mai 1922 au Pont Joret à Hénon. Célibataire et agriculteur comme tous les gars de sa classe, il est réquisitionné par le gouvernement de Vichy (sur demandes des autorités allemandes) pour aller travailler en Allemagne au sein du STO (Service du Travail Obligatoire) afin de remplacer les soldats allemands partis sur le front. Les Français qui refusaient d'intégrer le STO entraient dans la clandestinité et étaient contraints de vivre sous une fausse identité afin de ne pas être arrêté par la gendarmerie? Pierre Le Hérissé rejoint quant à lui le STO par peur de représailles contre sa famille.

    Les hommes partis dans le cadre du STO étaient des travailleurs qui ne faisaient pas la guerre, ils devaient être considérés (alimentation et soins) comme n'importe quel citoyen en ces temps difficiles? Si Pierre Le Hérissé a été envoyé dans un camp de concentration, c'est, à n'en pas douter, pour des faits d'opposition à l'Allemagne nazie (refus de travailler pour l'ennemi ? Sabotage des pièces dans une usine où il travaillait ?...). La gestapo l'arrêta donc pour son attitude antinazie et il fut interné le 2 septembre 1944 au camp de sinistre réputation qu'était Dachau (libéré par les américains le 29 avril 1945). Pierre Le Hérissé décéda dans ce camp dans l'anonymat le plus complet, la date de son décès n'étant pas connue? L'on devine hélas ce qui a été fait de sa dépouille dans ce sinistre camp. Une demande de jugement déclaratif de décès a été effectuée par Pierre Klein (1) le 23 avril 2010.

    Trois autres enfants de Hénon , tous habitant le même secteur, partirent travailler au titre du STO et moururent en Allemagne sous les bombardements par les alliés des usines où ils travaillaient? Il s'agissait d'Ange Gallais, du Clos des Aulnes, de Marcel Français (né à Plémy), dont les parents étaient venus prendre la ferme de la Petite Haute Ville et de Pierre Georgelin (venant de Plouguenast pour habiter au Pont Rado).

    Ainsi, sur environ 1 100 personnes des Côtes du Nord qui ont été déportées 530 sont décédées dans les camps, dont 130 femmes et plusieurs enfants principalement issus de familles juives. Pour la seule ville de Saint-Brieuc, 144 personnes furent déportées dont beaucoup, d'origine juive, étaient acteurs de la vie économique (professions libérales et commerçants). Les communes bordant Hénon ont toutes elles aussi connues la perte de certains des leurs dans les camps : trois à Moncontour, deux pour Plémy et deux pour Quessoy.

  • Autrefois, les fagoteries (les moments où l'on faisait du fagot) étaient des activités importantes de l'hiver dans nos campagnes. Il faut reconnaître qu'avant l'arrivée du gaz (après la seconde guerre mondiale) il y avait du feu dans la cheminée toute la journée. On l'allumait dès le matin pour le café. Il fallait donc faire des centaines de fagots qui, arrivés à la maison, seraient missés (coupés de manière à entrer dans le foyer) et entassés dans le chabut (boîte de rangement) pour être brûlés dans la grande cheminée ou sous la chaudière pour faire cuire les patates aux cochons.

    Si un taillis était coupé tous les 5-6 ans (avec obligation de refaire le talus en cas de besoin), le fermier avait un tour d'émonde par bail, autrement dit les arbres étaient émondés tous les 9 ans. On avait le droit d'émonder sur les terres labourables jusqu'au 25 avril, alors qu'il fallait « débarrasser » les prés (très considérés à l'époque) avant le 25 mars. L'émondeur laissait la chupette (la coupelle) au jeune chêne et dénudait par contre le têtard (chêne sans tête). Il abandonnait les branches au pied de l'arbre et passait au suivant. Ce sont les enfants et les femmes qui la plupart du temps devaient ranger les branches, elles étaient tournées, l'extrémité effilée vers le bas, parce que dans un champ en pente le fagotou (le fagoteur) qui ne voulait pas avoir « le cul en haut » pour fagoter, « détournait » toujours sa branche pour la tailler. On faisait au moment de fagoter, de véritable étraries (équipes de fagoteurs). On attendait plutôt le mois de mars car les jours sont plus longs. Une fagoterie était aussi une occasion de se mesurer avec les autres fagotous.

    Un principe devait également être respecté : tout bois doit donner sa hâre (son lien). Certains arrivaient le matin avec 5 ou 6 hâres, mais ensuite ils devaient trier dans la baouche (bois une fois rangé). Il paraît que certains par excès de zèle ou par crainte de ne pas suivre les autres allaient la veille choisir leur baouche, car on n'aimait fagoter du « chêne noir » parce qu'il était cassant et les hâres cassaient au moment de les tordre? On lui préférait de très loin le « chêne blanc » avec lequel on faisait des hâres plus facilement, et parce qu'il était meilleur pour le feu (on le reconnaît au fait qu'il se défeuille beaucoup moins vite que le noir). Un bon fagotou devait faire son « 100 d'fagots » dans sa journée. Certains s'arrêtaient même dès qu'ils atteignaient ce chiffre, d'autres allaient plus loin? Histoire de battre quelques records ! On pouvait bien sûr ruser quant à la longueur ou à la grosseur du fagot car, tout en fagotant, les plus « faibles » épiaient leurs voisins? Et tant pis s'il fallait encore quelques branches pour les rattraper? Pourvu que l'honneur soit sauf ! Un fagot « marchand » (que l'on vendait) devait faire apparaître sur le côté quelques grosses triques (grosses branches), mais attention à bien serrer la hâre car si au bout du gavelot (outil pour charger les fagots) elles glissent pour vous tomber sur la tête? Vous risquiez d'être la risée de vos collègues?.

    Bien qu'HÉNON soit une commune très boisée et très étendue (plus de 4 000 ha) le bois était très recherché. Ceux qui n'en possédaient pas fagotaient pour les propriétaires « à moitié » (moitié pour eux et moitié pour le propriétaire), et même les ronces et les épines étaient alors ramassées. On laissait d'ailleurs pousser en plein champ les genêts (surtout en terres acides) qui, arrivés à une certaine grosseur, étaient arrachés (une fouérie de genêts) pour être mis en fagots. Des fermes très boisées comme le Seurre en HÉNON livraient la même année 5000 fagots ! Les fagots étaient souvent mis en meï (en tas) le vendredi Saint parce que ce jour-là il était interdit de tourner la terre (la travailler l'aurait fait saigner disait-on). C'était tout un art de faire la meï, il fallait d'abord savoir berchueter (disposer les fagots de sorte d'équilibrer la meï) et savoir mettre les fagots qui avaient le plus de triques dans le bout? Surtout s'ils étaient destinés à la vente ! Les fagots en dehors de l'usage personnel à la ferme et leur commerce, servaient à troquer du pain avec le boulanger. Ainsi, quand un paysan prenait du pain, on faisait « marquer » sur le livre de compte, et chaque année le boulanger se payait avec les fagots. A l'époque où il y avait deux boulangeries à HÉNON, celle de François LAMANDÉ et « Marie du pain » (Marie HERVÉ) et celle de René le bien nommé, LE BOULANGER, et son père Charles (actuellement BOUDER), ils ramassaient environ chacun 5 à 6 000 fagots dans l'année et ceci jusque dans les années 1960. Ainsi, pour la première fournée du matin (il y en avait 3 par journée) il fallait 7 à 8 fagots (5 fagots pour les deux autres).

    Quand le boulanger était prêt à prendre le bois c'était « à qui arrive les premiers », car à mesure que la meï montait cela devenait de plus en plus fatigant et nécessitait davantage « de monde ». En attendant son tour, c'était aussi l'occasion pour discuter entre fagotous et boire une bolée de cidre? Pour certains (c'était d'ailleurs le cas à HÉNON, QUESSOY et SAINT-CARREUC), c'était aussi l'occasion de faire un peu d'argent : on vendait des fagots dans les communes de la baie de SAINT-BRIEUC (YFFINIAC mais surtout LANGUEUX où le paysage se caractérise par l'absence d'arbres). Afin d'attirer les acheteurs potentiels, on mettait ses plus beaux fagots sur le devant de l'esselon (devant de la charrette), on remarquait disait-on un beau fagot au nombre de triques qu'il contenait (entraînant les fagotous à faire preuve de malice pour vendre leur bien). Enfin, pour ne pas revenir à vide (sur plus de 15 kilomètres pour certains), on ramenait de la grève (on dit encore aujourd'hui de la mâre) qu'on retirait du fond de la baie d'YFFINIAC et qui servait d'amendement calcaire aux sols acides.

  • « HENON a son bourg assez central, le sol y est généralement fertile. Il est argileux au nord et sablonneux au sud. La lande de Pélan, le belvédère de Catuélan et le plateau de la Braize procurent un splendide panorama et un immense horizon. D'ailleurs il est difficile de trouver une commune aussi riche que HENON en paysages? A la Ville Garel et à Fétabry, c'est la nature sauvage et solitaire avec ses landes et ses taillis et lorsque vous descendez des hauteurs du Port-Martin vers le bourg, votre regard embrasse plusieurs communes bien au-delà de LAMBALLE, sur des villages gracieusement étagés et animant ce vaste tableau.
    Les noms de famille les plus répandus dans la commune sont les suivants : CARLO, RABET, RIO, GIBET, DAVY, HERVE et LE BOULANGER. Certaines de ces familles comme « les » CARLO, RIO, CORDUAN et DUROS seraient venues d'Espagne en Bretagne à la fin du XVIème siècle sous l'administration du gouverneur de Bretagne, le Duc de Mercoeur.
    La population est assez vigoureuse, très peu de personnes « mal nées » ou affligées d'infirmités précoces? On y vit très vieux, grâce sans doute à la bonne circulation de l'air, à la fortifiante alimentation et au peu d'usage que l'on fait de l'alcool.
    Pour l'habillement, le costume des hommes était d'une originalité de bon goût : souliers à boucles, culotte courte laissant voir les mollets rebondis, gilet avec double rang de boutons métalliques, grande veste à basques retombant sur les cuisses. Les cheveux retombant en boucles sur les épaules sous un large chapeau? Tout cela donnait aux vieillards la majesté de patriarches. Les femmes, en général, sont fortes, elles ont la taille bien prise et élancée, les traits fins, l'aspect quelque peu langoureux et résigné ; leur costume est très modeste et leur coiffe ne manque pas d'une certaines élégance.
    HENON n'est pas peuplé par rapport à son étendue, la principale agglomération est le bourg qui compte environ trois cents habitants et se compose de maisons basses, « jetées » ça et là sans ordre? Par ailleurs, les villages ne comptent guère que cinq ou six ménages, et le plus souvent chaque ferme est isolée. Ce qui contribue à conserver aux gens leur esprit de grande simplicité et de droiture.
    L'abbé BOURHY dans son Histoire de HENON déplore qu'une partie de la paroisse, surtout le « Haut HENON », ne fréquente pas les offices de la paroisse et s'en allait à SAINT-CARREUC? Ce qui en faisait, selon lui, un peuple à part : « Peu religieux, plus violent, ricaneur et plus grossier » (on retrouve au travers des propos diffamatoires du religieux, les ferments de l'antagonisme entre laïcs et religieux qui conduira à cette époque notamment, à la laïcisation de l'enseignement et à la séparation de l'Eglise et de l'Etat). Dans tout le « Haut HENON », qui est étendu et peuplé (600 habitants), on ne trouve pas une « bonne s?ur », ils ne fréquentent pas les écoles chrétiennes et ne participent pas aux ?uvres diocésaines? Les habitants du « Haut HENON » vivent un peu à part, ils ne connaissent pas ou peu leurs contemporains du bourg et du « Bas HENON ». D'ailleurs, beaucoup sont de petits propriétaires, ce qui leur donne une certaine liberté d'esprit contrairement au « Bas HENON » où beaucoup sont fermiers sous noblesse? Et c'est, à n'en pas douter, cette liberté d'esprit que le religieux rejetait chez les habitants du « Haut HENON » !

  • Comment vivaient nos ancêtres vers le milieu du XIXe siècle, avant toute modernisation, à une époque déjà bien loin de nous ? Nous allons essayer ici d’apporter quelques réponses à partir du recensement de 1846, celui qui nous a paru le plus complet.

    L’habitat dispersé, tradition bretonne, veut qu’il y ait des maisons partout. Cependant, il existe des différences par rapport à aujourd’hui : La Ville Avenet est le village le plus peuplé avec dix-neuf maisons, tandis que Beau Soleil n’en compte que deux dont une auberge – cela est dû à sa situation de carrefour. La butte froide et rocailleuse n’attirait pas les anciens.

    Le Vau Gouro compte quinze maisons en 1846, contre une seule pour le Vaujudée ; Claquenêtre treize et Le Seur une. Autres villages peuplés : le Boscadalu et Launay-Noël avec douze maisons, Le Rocher avec dix maisons (Le Champ Clineuf n’existait pas), puis les Aulnays, Le Pissot (ancien nom de La Touche Nicolas), La Roche, Pellan et La Brousse avec chacun huit maisons.

    Au total, nous dénombrions cent-soixante villages pour 3368 habitants.

    Ça va ensuite évoluer. La Grande métairie des Jaunaies, dépendant de La Mare, et qui est nichée dans un creux, va disparaître ; les ruines sont toujours là. A côté va naître Le Morvenais et, plus tard, Les Gages, en 1925. Autres villages disparus : Le Petit Guerlan, Le Grand Pré (au-dessus de La Touche Heurtault), L’Epine Haras ou Hermitage (près de La Ville Méher), et beaucoup de moulins dont celui de la Cornillère dans la vallée face au Bas Guerlan et celui de La Mare, qui sera rasé en 1972. Néanmoins, d’autres moulins ont été bien rénovés, comme celui de la Maladrie et du Moulin au Comte.

    Quant au bourg, il compte soixante maisons en 1846 et 395 habitants. Mais ce n’est pas le bourg d’aujourd’hui : la moitié des gens sont des laboureurs, travaillant leur petite métairie à la périphérie – et même au centre, comme à La Salle. En plus, douze artisans dont deux maréchaux. Pour tout commerce, sont recensés deux aubergistes !

    Imaginons ce bourg, aggloméré autour de la vieille église et du cimetière qui l’entourait, avec le passage des troupeaux de vaches, des charrettes et chars-à-bancs, l’odeur de sabots brûlés devant les forges des maréchaux, animations et bons parfums assurés toute l’année !

    Côté professions, les laboureurs sont évidemment majoritaires : 305 sur 542 foyers, soit plus de la moitié. Joseph Le Hérissé du Pont Joret est le seul « cultivateur ».

    Suivent les artisans. Une trentaine travaille encore dans le textile dont douze tisserands, onze filandières, quatre tailleurs, un foulonnier et un teinturier (à Arondel). La filière bois est aussi bien représentée : un scieur de long (au Moulins Payant), sept charpentiers, trois menuisiers, un charron (Joseph Deffin à La Touche Heurtault), deux tonneliers (à Pellan), deux sabotiers. Ajoutons pour le bâtiment six maçons et deux couvreurs.

    Le métier de meunier reste irremplaçable, on en dénombre vingt-deux dont cinq au Moulin de la Ville Norme, les autres aux Grands Moulins, à Arondel, à La Maladrie, à La Mare, à L’Ecluse, à L’Elbrun… Mais pas de boulangers : chacun cuit son pain au four du village. Ni boucher, ni épicier, ni notaire, ni médecin : ces professions sont à Moncontour.

    Les châtelains sont recensés comme « propriétaires ». Il y a de la vie aux châteaux avec des familles assez nombreuses et des domestiques.

    Le Culte est assuré par un « desservant » ou recteur, l’abbé Aimé Huet (déjà à Hénon en 1836), ainsi que par deux vicaires. L’école des filles est confiée à trois religieuses et celle des garçons à un jeune instituteur qui habite au presbytère.

    Autre révélation de ce recensement : la composition des foyers. Beaucoup de gens vivent en effet sous un même toit. Nous trouvons, là, des « maisonnées » de douze, quinze, dix-sept ou même vingt personnes, comme à Bel Orient et au Seur. Deux ou trois couples, avec enfants, vivent ensemble, auxquels s’ajoutent beaucoup de domestiques et quelques enfants de l’hospice.

    Quelques exemples : au Clos des Aulsnes, seize personnes dont six domestiques ; aux Jaunais, dix-neuf personnes, deux couples et trois domestiques ; à La Petite Haute-Ville, dix-sept personnes dont quatre domestiques… On agrandit les maisons, qui deviennent des longères, très prisées aujourd’hui – mais pour d’autres raisons.
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    Voilà un modeste tableau de notre commune rurale à une époque bien révolue, qui vivait presque en autarcie en attendant de nouveaux horizons.

  • « De la Villéon, Rr de Hénon » ; une signature que l’on voit apparaître en 1753 dans les registres paroissiaux jusqu’en 1792. René de La Villéon aura été recteur de Hénon pendant près de 40 ans. Aidé par deux ou trois curés (vicaires), il nous a laissé des registres bien écrits et détaillés, avec beaucoup de noms de villages et de professions. Et de surplus, il a cru bon, pour certaines années, de récapituler la météo en fin de registre en commençant par l’année 1768. « Année extrêmement pluvieuse. Depuis la fin mai jusqu’au mois de décembre, pluie continuelle, spécialement aoust 7 bre et 8 bre (août, septembre, octobre). Peine infinie à ramasser les récoltes et les fourrages. Il a fallu battre dans les granges et les maisons. Difficultés à ensemencer. A la mi-janvier 1769, tous les bleds (blés) pas encore battus ».

    La disette, la grande misère

    Après ce tableau de désolation, il ajoute ceci pour 1769 : « La récolte suivante de 1769 mauvaise. Sur tout le cours de Clineuf il n’y avait guère que les semences. Le froment à Noël valait 30 L (livres) la perrée de Moncontour ». Voilà donc deux mauvaises années consécutives. Alors en 1770, c’est la cherté, la disette, la grande misère. Ce sont les mots du recteur. Des bleds venus de l’étranger n’ont pas fait baisser les prix ; le seigle du « païs » à 36 L la perrée, le bled de 42 à 45 L… Il faut nourrir les pauvres avec de la soupe de graisse et en outre du pain une fois par semaine. Inévitablement, cela influe sur la vie des gens. A titre d’exemple, on compte encore 27 mariages en 1769 et seulement 9 en 1770. Pour les décès, c’est irrégulier mais on en compte 149 en 1773, deux fois plus que la moyenne.

    Six années de météo déréglée

    Nouveaux problèmes en 1771. « L’été de cette année a été extrêmement sec. Les blés noirs n’ont point levé. Il n’y en a presque pas eus à la récolte ». Et après, c’est le seigle qui s’en mêle ; il est atteint par la maladie de l’ergot. On mélange ce seigle avec du blé pour faire du pain mais ce pain a un goût amer. Il rend « malade, endormi, hébété ». Alors il faut recourir à l’avoine. Par la suite, ça s’améliore peu. Les notes à la fin de 1774 sont brèves mais toujours alarmantes : « récoltes très mauvaises suite à l’abondance des pluies depuis octobre 1773 jusqu’au mois de juillet 1774 ». Voilà en résumé six années de météo déréglée. Après c’est sans doute revenu à la normale. Le recteur ne signale rien pendant quelques années. Pour 1782, il note quand même ceci : « Bleds aussi chers qu’en 1770. Cette cherté venue par le peu de blé noir en 1781. Néanmoins, les bleds n’ont pas manqué ».

    Une catastrophe d’un nouveau genre

    A partir de 1785, c’est le retour à la désolation : « Année de sécheresse, toutes les récoltes ont manqué ». Cette ligne percutante est écrite deux fois, à la fin du registre des baptêmes et à la fin de celui des sépultures. Le recteur voulait que ça reste pour la postérité. Cette sécheresse se répercute sur 1786, « année de misère et de disette ». Sans importation, le blé aurait manqué, le lin également. Le gouvernement a fourni du blé moins cher que celui des négociants et a fait distribuer 25 600 L de pain. Une catastrophe d’un genre nouveau survient peu avant Noël 1787 : « Désastre le 23 décembre sur les pommiers par la neige qui se glaçant forma un tel poids aux branches des arbres qu’il en déracina une partie, rompit ou éclia une autre partie, hacha les cimes du reste. 4 000 pommiers ainsi maltraités. Le cours du Roncelay très peu endommagé. » Et en 1788, la série continue : « Coup d’hiver plus fort, depuis la mi-novembre jusqu’à la mi-décembre, qu’en 1740-1741. Vu la force des glasses (sic) on ne pouvait plus moudre. On a fait rouler à bras les moulins. Faim en a suivi ».

    Ainsi se terminent ces notes précieuses écrites par un recteur attentif à la vie de ses paroissiens. Elles nous apportent un nouvel éclairage sur un passé déjà lointain. A chacun ses commentaires ou ses réflexions.

  • Un site internet nous dit que ce métier eut ses origines à Lanfains. 


    Au 18ème siècle, Quintin, Moncontour-de-Bretagne et Uzel, bruissaient de nombreux métiers à tisser. Ces communes firent fortune dans la fabrication d'une toile de lin très fine, solide et inusable, « la berlingue », exportée en Angleterre et en Espagne par le port de Saint-Malo.Le lin et le chanvre, déjà traités, dont la principale région productrice française était le Trégor, devinrent de plus en plus chers à l'achat pour les tisserands. 


    La fabrication de la toile s'éteignit suite à des effets de mode et de nouveaux besoins économiques. Il fallait bien continuer à vivre cependant. 


    Des hommes de Lanfains puis de la Roche Derrien se lancèrent ainsi dans le métier de pillotou. Cette profession ambulante les emmenait, entre avril et octobre, jusqu’à Chartres. Voyager les rendait très instruits et ils revenaient dans leur commune natale des Côtes-du-Nord en n’usant plus que d’un français châtié. 


    Pillotou est en fait un mot dérivé de pillots : chiffons. Pillotou, pillotouse, sont deux mots péjoratifs et méprisants désignant également celui ou celle qui est pauvrement vêtu(e). 


    Célestin Morin, un chiffonnier résidant à L'Hermitage-Lorge, circulait régulièrement (à vélo puis, plus tard, à bord d’une camionnette Peugeot 202) sur Hénon au cours des années 1950-1960. Il y récupérait les chiffons et les peaux de lapins qui - elles - étaient retournées et tendues sur une fourchette de noisetier par le cédant.Faisant aussi fonction de brocanteur, notre homme ratissait large en vous débarrassant d'une armoire, d'un buffet, d'un rouet, d'un fléau traînant dans le grenier. 


    Les années 1958-1960 représentaient une époque où certaines de ces dames lâchaient du très beau chêne massif pour le formica coloré de jaune, de bleu ou de rouge, qui se torchait d’un rapide coup d’éponge. Chacun des deux camps était convaincu d’avoir fait la bonne affaire. Ce que l’on considérait, à tort, comme des vieilleries encombrantes s'achète maintenant à prix d'or chez les antiquaires cotés.


    Texte écrit par Jean-Alain Jannin

  • Une des principales ressources des fermes à Hénon sont leurs vergers avec la vente de pommes et la fabrication du cidre. Dans la majorité des champs, il y a des pommiers, et quand le paysan se promène dans sa propriété au printemps, ce qu'il regarde en premier ce sont ses pommiers afin de voir si il y a promesse de « pommesou ». Dès le mois de septembre, les habitants de PLEMY, PLOEUC/LIE, GAUSSON,? battent la campagne pour leurs provisions, et sur le bord des routes, ce sont des rangées de sacs de pommes que les négociants viennent acheter pour les cidreries.
    Chaque ferme, grande ou petite, a son pressoir, et pendant trois mois c'est une entraide entre voisins pour moudre les pommes (souvent le soir). Dans certaines fermes, l'alignement des fûts est impressionnant? D'ailleurs certains celliers sont plus grands que l'étable ! Beaucoup de fûts sont vendus sur SAINT-BRIEUC et ses environs ainsi qu'au bourg de Hénon où jusqu'à la dernière guerre il y avait encore une quinzaine de bistrots (sans compter ceux en dehors du bourg), qui en majorité ne vendaient que du cidre.
    A Catuélan, il y avait deux pressoirs en service. Il faut dire qu'à une certaine époque, une vingtaine de personnes y travaillaient la grande partie de l'année, et la boisson leur était fournie. Inutile de dire que chaque fût était bu avant d'avoir « durci »?
    Dans les grands festins de famille, comme les mariages, il y avait des personnes chargées de servir uniquement le cidre. Ils avaient intérêt à ce qu'il n'en manque pas, car certains espiègles, pour vexer le serveur, dès qu'un « pichier » était vide, y mettaient un bout de papier et le brûlait?
    Dans les « étraries » comme dans les « fouéries » de genêts ou autres défrichages de landes, il n'était pas rare d'entendre des appels de personnes « assoiffées » et certains déboulaient avec leur « briquées » de cidre surtout en fin de journée. Dans le courant de l'année lorsqu'on reçoit un ami, et ce, même après un copieux repas, il fallait le conduire au cellier? Autrement, ce dernier avait le sentiment de ne pas avoir été suffisamment « honoré » et s'en allait mécontent? Comme il y avait toujours un bol en permanence, l'on attaquait successivement plusieurs tonneaux par le « fausset ». Ces abus de cidre firent dire l'abbé BOURHY que : « le cidre est quelquefois vainqueur de son ennemi? ».

    L'autre ressource naturelle de la commune c'est le bois, l'on en vend beaucoup de cordes et de fagots. Sur la seule propriété du Port-Martin, et aux dires du fermier Louis RAULT, on avait abattu plus de 2000 arbres en 20 ans pour le chauffage ou le bois d'?uvre !

    Une activité proprement féminine permettait à de nombreuses familles hénonnaises de vivre : les nourrices. Dans les petits, et même certains moyens ménages, beaucoup de femmes quittaient chaque année leurs nouveaux nés pour allaiter les enfants des familles bourgeoises dans les grandes villes. « L'abandon » de leur jeune enfant par ces mères était souvent, pour les plus humbles d'entre elles, une nécessité pour faire vivre le reste de leur famille ; et elles étaient d'ailleurs mieux rétribuées que les hénonnaises restées travailler sur la commune (jusqu'à trois fois plus). Le fait que des enfants en bas âge n'aient plus leur mère pourrait être considéré comme un facteur important de la mortalité infantile de l'époque, mais au regard du nombre d'enfants (et de mères !) qui décédaient lors de l'accouchement, des conditions de vie et d'hygiène de l'époque, ce phénomène ne devait pas être déterminant? L'accueil des enfants abandonnés de l'hospice de SAINT-BRIEUC, après en avoir demandé l'autorisation au maire, permettaient à plusieurs familles d'assurer un revenu supplémentaire pour leur foyer ; les familles accueillantes recevant 18 francs de l'époque par mois les deux premières années (et en plus des vétements). Ces enfants suivaient le cursus obligatoire de l'époque (jusqu'à l'âge de 13 ans) et ils étaient à HENON , selon l'abbé BOUHRY, 200 au moment de son ministère.