Histoire & Géographie

Etymologie et Histoire 

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  • Plusieurs appellations

    Hénon est une paroisse dès 1274 ; le chevalier Guillaume Le Noir y engage des dîmes. Elle est comprise dans l'archidiaconé de Penthièvre et relève de la châtellenie de Moncontour. Elle appartint, sous l'Ancien Régime, au diocèse de Saint-Brieuc et élit sa première municipalité le 3 février 1790. Le nom de la commune de Hénon est officialisé le 27 octobre 1801. On rencontre les appellations suivantes : Hennon (en 1205), Par. de Henon (en 1274), Henon (vers 1330).

    Relier Lamballe à Gouarec

    La commune était traversée par la voie romaine qui, allant de Lamballe à Gouarec, passait au Bas Chemin, à Hauterue, à la Rue, à la Ville neuve (il y fut trouvé, en 1928, 52 haches phéniciennes en bronze), au Haut Chemin avant de gagner Ploeuc.

    Un grand nombre de villages

    La commune de Hénon comprend les villages suivants: la Vallée, Arondel, le Pré-Guihiot, Forville, les Grands-Moulins, Belle-Vue, la Roche, la Haute-Ville, la Ville-Avenet, la Maladrie, Bourienne, Fétabry, le Beau-Cadalu, Pélan, Guémeheux, le Vau-Tenet, les Préreux, le Village, la Ville-Galais, Fébillet, la Touche-Rouault, Port-Martin, le Vau-Bonet, le Champ-Dolo, la Ville-des-Brières, le Vaugouro, la Touche-ès-Plats, les Aulnays, Launay-Noël, le Gué-Briand, la Haute-Braise, la Ville-Balay, le Claquenêtre, Blavet, la Neauvais, la Ville-Chuplé, les Mezrues, le Grand-Bourieux, la Salle, Tertre-Moro, la Haye, Hazaye, la Fossette, la Ville-Robert, la Motte, la Lande, le Bas-Guerlan, le Haut-Guerlan, la Touche-Heurtaux, le Clos-des-Aulnes et divers autres lieux-dits.

    Un important cours d'eau

    L’Evran, formé par la réunion du Monvillo et de Launay, est la rivière la plus importante de la commune. Son nom, identique à celui du chef-lieu de canton Evran, est de nature à éclairer le sens de ce dernier. Le fait qu’il s’agisse d’un cours d’eau confirme l’hypothèse d’un composé de « eve », eau et de « randa », limite pour confier à l’ensemble le sens de cours d’eau servant de limite. Evran équivaut également à Ingrandes, Aigurande, Eygurande. L’équivalence sémantique Iguerande (Saône-et-Loire), Yvrandes (Orne) et Evran (Côtes d’Armor) est essentielle en toponymie puisqu’elle confirme l’évolution linguistique du « gu » en « v » que l’on retrouve aussi dans les termes « guern » et « vern ».

  • Hénon vient, semble-t-il, du breton « hen » (vieux) et « onn » frêne). L’existence d’une autre localité Henon à Saint-Domineuc en Ille-et-Vilaine serait de nature à renforcer cette hypothèse. Hénon est un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Plémy.

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Un territoire

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  • Sa position géographique (triangle formé par Lamballe, Saint-Brieuc et Loudéac) et sa desserte par des voies secondaires (RD 1, RD 765 et RD 768) permettent à sa population de rejoindre rapidement les grands axes de communications que son la RN 12 (Rennes, Saint-Brieuc et Brest) et la RN 164 (Rennes, Loudéac et Châteaulin).

  • La Commune de Hénon est située au centre du département des Côtes d'Armor :

    • à un peu moins de 20 km de Saint-Brieuc et de Lamballe,
    • à 6 km de Moncontour-de-Bretagne, son chef de canton,
    • à moins de 15 km du littoral (Baie de Saint-Brieuc).
  • Le relief est dessiné par les ruisseaux de Catuélan et du Moulin Roussé, affluents de l'Evron, qui forment des ruptures dans le paysage. A noter que les limites Ouest et Sud de la Commune sont proches des lignes de crêtes qui séparent Hénon des Communes voisines de Saint-Carreuc et de Ploeuc-Sur-Lié. Le bourg quant à lui est juché sur le haut d'une colline d'une altitude d'environ 150 m, le bourg s'imposant comme un véritable point de repère dans le paysage communal et même au-delà de ces dernières.

  • Le territoire communal est caractérisé par un relief très vallonné, les altitudes décroissent depuis le Sud vers l'Ouest de la Commune avec des points culminant à 250 m d'altitude, jusqu'à la rivière de l'Evron en limite Est de la Commune à 60-70 m d'altitude.

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Une population

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  • L’évolution de la population de Hénon depuis 1968 peut être découpée en trois grandes phases :

    • entre 1968 et 1975, la population de Hénon, comme bon nombre de communes rurales, a connu une très forte décroissance de ses effectifs (-22 habitants en moyenne par an, soit une régression de population de – 8% sur cette période),
    • entre 1975 et 1999, Hénon a connu une période de stabilité de ses effectifs oscillant entre 1730 et 1740 habitants,
    • depuis 1999, Hénon connaît un véritable boom de sa population qui lui a permis de retrouver quasiment son niveau de population de la fin des années 60.
  • Le recensement effectué en début d’année 2008 annonce 2 059 habitants pour notre population globale soit plus de 300 habitants par rapport au dernier recensement de 1999. Cette tendance se poursuit depuis. Lors du dernier recensement de 2013, la commune comprend plus de 2200 habitants, preuve du dynamisme de cette dernière !

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Histoires racontées sur Hénon

  • « De la Villéon, Rr de Hénon » ; une signature que l’on voit apparaître en 1753 dans les registres paroissiaux jusqu’en 1792. René de La Villéon aura été recteur de Hénon pendant près de 40 ans. Aidé par deux ou trois curés (vicaires), il nous a laissé des registres bien écrits et détaillés, avec beaucoup de noms de villages et de professions. Et de surplus, il a cru bon, pour certaines années, de récapituler la météo en fin de registre en commençant par l’année 1768. « Année extrêmement pluvieuse. Depuis la fin mai jusqu’au mois de décembre, pluie continuelle, spécialement aoust 7 bre et 8 bre (août, septembre, octobre). Peine infinie à ramasser les récoltes et les fourrages. Il a fallu battre dans les granges et les maisons. Difficultés à ensemencer. A la mi-janvier 1769, tous les bleds (blés) pas encore battus ».

    La disette, la grande misère

    Après ce tableau de désolation, il ajoute ceci pour 1769 : « La récolte suivante de 1769 mauvaise. Sur tout le cours de Clineuf il n’y avait guère que les semences. Le froment à Noël valait 30 L (livres) la perrée de Moncontour ». Voilà donc deux mauvaises années consécutives. Alors en 1770, c’est la cherté, la disette, la grande misère. Ce sont les mots du recteur. Des bleds venus de l’étranger n’ont pas fait baisser les prix ; le seigle du « païs » à 36 L la perrée, le bled de 42 à 45 L… Il faut nourrir les pauvres avec de la soupe de graisse et en outre du pain une fois par semaine. Inévitablement, cela influe sur la vie des gens. A titre d’exemple, on compte encore 27 mariages en 1769 et seulement 9 en 1770. Pour les décès, c’est irrégulier mais on en compte 149 en 1773, deux fois plus que la moyenne.

    Six années de météo déréglée

    Nouveaux problèmes en 1771. « L’été de cette année a été extrêmement sec. Les blés noirs n’ont point levé. Il n’y en a presque pas eus à la récolte ». Et après, c’est le seigle qui s’en mêle ; il est atteint par la maladie de l’ergot. On mélange ce seigle avec du blé pour faire du pain mais ce pain a un goût amer. Il rend « malade, endormi, hébété ». Alors il faut recourir à l’avoine. Par la suite, ça s’améliore peu. Les notes à la fin de 1774 sont brèves mais toujours alarmantes : « récoltes très mauvaises suite à l’abondance des pluies depuis octobre 1773 jusqu’au mois de juillet 1774 ». Voilà en résumé six années de météo déréglée. Après c’est sans doute revenu à la normale. Le recteur ne signale rien pendant quelques années. Pour 1782, il note quand même ceci : « Bleds aussi chers qu’en 1770. Cette cherté venue par le peu de blé noir en 1781. Néanmoins, les bleds n’ont pas manqué ».

    Une catastrophe d’un nouveau genre

    A partir de 1785, c’est le retour à la désolation : « Année de sécheresse, toutes les récoltes ont manqué ». Cette ligne percutante est écrite deux fois, à la fin du registre des baptêmes et à la fin de celui des sépultures. Le recteur voulait que ça reste pour la postérité. Cette sécheresse se répercute sur 1786, « année de misère et de disette ». Sans importation, le blé aurait manqué, le lin également. Le gouvernement a fourni du blé moins cher que celui des négociants et a fait distribuer 25 600 L de pain. Une catastrophe d’un genre nouveau survient peu avant Noël 1787 : « Désastre le 23 décembre sur les pommiers par la neige qui se glaçant forma un tel poids aux branches des arbres qu’il en déracina une partie, rompit ou éclia une autre partie, hacha les cimes du reste. 4 000 pommiers ainsi maltraités. Le cours du Roncelay très peu endommagé. » Et en 1788, la série continue : « Coup d’hiver plus fort, depuis la mi-novembre jusqu’à la mi-décembre, qu’en 1740-1741. Vu la force des glasses (sic) on ne pouvait plus moudre. On a fait rouler à bras les moulins. Faim en a suivi ».

    Ainsi se terminent ces notes précieuses écrites par un recteur attentif à la vie de ses paroissiens. Elles nous apportent un nouvel éclairage sur un passé déjà lointain. A chacun ses commentaires ou ses réflexions.

  • Un site internet nous dit que ce métier eut ses origines à Lanfains. 


    Au 18ème siècle, Quintin, Moncontour-de-Bretagne et Uzel, bruissaient de nombreux métiers à tisser. Ces communes firent fortune dans la fabrication d'une toile de lin très fine, solide et inusable, « la berlingue », exportée en Angleterre et en Espagne par le port de Saint-Malo.Le lin et le chanvre, déjà traités, dont la principale région productrice française était le Trégor, devinrent de plus en plus chers à l'achat pour les tisserands. 


    La fabrication de la toile s'éteignit suite à des effets de mode et de nouveaux besoins économiques. Il fallait bien continuer à vivre cependant. 


    Des hommes de Lanfains puis de la Roche Derrien se lancèrent ainsi dans le métier de pillotou. Cette profession ambulante les emmenait, entre avril et octobre, jusqu’à Chartres. Voyager les rendait très instruits et ils revenaient dans leur commune natale des Côtes-du-Nord en n’usant plus que d’un français châtié. 


    Pillotou est en fait un mot dérivé de pillots : chiffons. Pillotou, pillotouse, sont deux mots péjoratifs et méprisants désignant également celui ou celle qui est pauvrement vêtu(e). 


    Célestin Morin, un chiffonnier résidant à L'Hermitage-Lorge, circulait régulièrement (à vélo puis, plus tard, à bord d’une camionnette Peugeot 202) sur Hénon au cours des années 1950-1960. Il y récupérait les chiffons et les peaux de lapins qui - elles - étaient retournées et tendues sur une fourchette de noisetier par le cédant.Faisant aussi fonction de brocanteur, notre homme ratissait large en vous débarrassant d'une armoire, d'un buffet, d'un rouet, d'un fléau traînant dans le grenier. 


    Les années 1958-1960 représentaient une époque où certaines de ces dames lâchaient du très beau chêne massif pour le formica coloré de jaune, de bleu ou de rouge, qui se torchait d’un rapide coup d’éponge. Chacun des deux camps était convaincu d’avoir fait la bonne affaire. Ce que l’on considérait, à tort, comme des vieilleries encombrantes s'achète maintenant à prix d'or chez les antiquaires cotés.


    Texte écrit par Jean-Alain Jannin

  • Une des principales ressources des fermes à Hénon sont leurs vergers avec la vente de pommes et la fabrication du cidre. Dans la majorité des champs, il y a des pommiers, et quand le paysan se promène dans sa propriété au printemps, ce qu'il regarde en premier ce sont ses pommiers afin de voir si il y a promesse de « pommesou ». Dès le mois de septembre, les habitants de PLEMY, PLOEUC/LIE, GAUSSON,? battent la campagne pour leurs provisions, et sur le bord des routes, ce sont des rangées de sacs de pommes que les négociants viennent acheter pour les cidreries.
    Chaque ferme, grande ou petite, a son pressoir, et pendant trois mois c'est une entraide entre voisins pour moudre les pommes (souvent le soir). Dans certaines fermes, l'alignement des fûts est impressionnant? D'ailleurs certains celliers sont plus grands que l'étable ! Beaucoup de fûts sont vendus sur SAINT-BRIEUC et ses environs ainsi qu'au bourg de Hénon où jusqu'à la dernière guerre il y avait encore une quinzaine de bistrots (sans compter ceux en dehors du bourg), qui en majorité ne vendaient que du cidre.
    A Catuélan, il y avait deux pressoirs en service. Il faut dire qu'à une certaine époque, une vingtaine de personnes y travaillaient la grande partie de l'année, et la boisson leur était fournie. Inutile de dire que chaque fût était bu avant d'avoir « durci »?
    Dans les grands festins de famille, comme les mariages, il y avait des personnes chargées de servir uniquement le cidre. Ils avaient intérêt à ce qu'il n'en manque pas, car certains espiègles, pour vexer le serveur, dès qu'un « pichier » était vide, y mettaient un bout de papier et le brûlait?
    Dans les « étraries » comme dans les « fouéries » de genêts ou autres défrichages de landes, il n'était pas rare d'entendre des appels de personnes « assoiffées » et certains déboulaient avec leur « briquées » de cidre surtout en fin de journée. Dans le courant de l'année lorsqu'on reçoit un ami, et ce, même après un copieux repas, il fallait le conduire au cellier? Autrement, ce dernier avait le sentiment de ne pas avoir été suffisamment « honoré » et s'en allait mécontent? Comme il y avait toujours un bol en permanence, l'on attaquait successivement plusieurs tonneaux par le « fausset ». Ces abus de cidre firent dire l'abbé BOURHY que : « le cidre est quelquefois vainqueur de son ennemi? ».

    L'autre ressource naturelle de la commune c'est le bois, l'on en vend beaucoup de cordes et de fagots. Sur la seule propriété du Port-Martin, et aux dires du fermier Louis RAULT, on avait abattu plus de 2000 arbres en 20 ans pour le chauffage ou le bois d'?uvre !

    Une activité proprement féminine permettait à de nombreuses familles hénonnaises de vivre : les nourrices. Dans les petits, et même certains moyens ménages, beaucoup de femmes quittaient chaque année leurs nouveaux nés pour allaiter les enfants des familles bourgeoises dans les grandes villes. « L'abandon » de leur jeune enfant par ces mères était souvent, pour les plus humbles d'entre elles, une nécessité pour faire vivre le reste de leur famille ; et elles étaient d'ailleurs mieux rétribuées que les hénonnaises restées travailler sur la commune (jusqu'à trois fois plus). Le fait que des enfants en bas âge n'aient plus leur mère pourrait être considéré comme un facteur important de la mortalité infantile de l'époque, mais au regard du nombre d'enfants (et de mères !) qui décédaient lors de l'accouchement, des conditions de vie et d'hygiène de l'époque, ce phénomène ne devait pas être déterminant? L'accueil des enfants abandonnés de l'hospice de SAINT-BRIEUC, après en avoir demandé l'autorisation au maire, permettaient à plusieurs familles d'assurer un revenu supplémentaire pour leur foyer ; les familles accueillantes recevant 18 francs de l'époque par mois les deux premières années (et en plus des vétements). Ces enfants suivaient le cursus obligatoire de l'époque (jusqu'à l'âge de 13 ans) et ils étaient à HENON , selon l'abbé BOUHRY, 200 au moment de son ministère.

  • Le gigantisme caractérise l'église de HENON et impose son rayonnement aux autres communes. La statue de Saint-Pierre qui domine le chevet de l'église en est l'illustration, car selon l'Abbé BOURHY, son bras tendu vers MONCONTOUR, devait « empêcher les habitants se trouvant à l'étroit dans leurs remparts de s'accaparer les villages les bordants », rappelant ainsi la lutte entre la conservatrice HENON et sa rivale républicaine qu'était MONCONTOUR?
    Par ailleurs, si les proportions de l'église impressionnent, les délais pour sa construction sont eux aussi remarquables ! En effet quatre ans après sa mise en chantier l'église était terminée et fut consacrée par Monseigneur DAVID, évêque de SAINT-BRIEUC, en 1881 ! Néanmoins, si les paroissiens étaient à l'abri pour les offices, l' « habillage » de l'église se fit petit à petit au gré des dons et des moyens de la « fabrique ». Ainsi, les vitraux en 1887 (sur lesquels on peut lire les noms des donateurs), trois cloches en 1891, la chaire en 1894, l'horloge en 1894, le chemin de Croix en 1897,? vinrent « habiller » l'église.

    L'agrandissement du maître hôtel quant à lui avait pour but « d'abolir » un privilège selon l'Abbé BOURHY? En effet, ce dernier trouvait trop majestueuse la chapelle Saint-Anne dans l'architecture de l'église comparativement à l'ancien maître hôtel. L'Abbé BOURHY y voyait même l'expression de la main mise et des privilèges que s'accordait le maire de l'époque sur « son église ! ». Le religieux ne devait toutefois pas oublier que sans la volonté, la pugnacité et l'aide financière du maire de l'époque, jamais il n'aurait pu célébrer ses offices dans un tel édifice !

    On imagine facilement que les relations entre le maire et l'Abbé BOURHY étaient tendues? Le religieux reprochait d'ailleurs à l'aristocratie hénonnaise « d'habiter des sphères supérieurs et de vivre de souvenirs » et qu'elle « laisse trop percer sa tendance à une domination hautaine que l'état d'esprit actuel n'accepte pas ». L'expression de cette « domination » se retrouvant dans l'église dans la disposition des « pries-dieu » du haut de la nef pour les riches donateurs vers le bas de l'église pour les indigents ou par la classification des cérémonies (baptêmes, mariages ou obsèques) en 1ères, 2èmes et 3èmes classes?

    En fait, l'Abbé BOURHY regrettait surtout que toute discussion au sujet de l'église avec le maire était impossible au risque pour lui de passer « pour un esprit révolutionnaire » ce qui au regard de son aversion pour les moeurs des habitants du Haut HENON, de SAINT-CARREUC² et de MONCONTOUR pouvait paraître selon lui une hérésie?
    Je tiens à remercier pour la réalisation de ces articles consacrés à la construction de l'église Jean RUELLAN pour les feuillets de l'Abbé BOURHY (qu'il a lui-même reçu de Monsieur BUREL ancien Directeur de l'école de HENON) ainsi qu'à Vincent RUELLAN pour ses souvenirs.

  • Les libérations s'échelonnèrent sur plusieurs mois, surtout au printemps avec l'avancée des armées alliées, et s'accélérèrent après la capitulation du IIIème Reich le 8 mai 1945. Les camps libérés par l'Armée Rouge à l'Est seront eux le « théâtre » d'un recrutement contraint de certains prisonniers dont le profil (scientifiques, médecins, ingénieurs,?) intéressait fortement Moscou.
    Pour les enfants nés en 1939-1940, le retour de leur père sera vécu comme la rencontre avec un père jusqu'alors incarné par quelques photos? Il faudra de longs mois pour les uns et les autres afin de « s'apprivoiser » ! Ces jeunes, et moins jeunes, hommes (entre 20 et 40 ans) ont d'ailleurs très mal vécu ces cinq années coupées du monde, et ce malgré les courriers et autres colis qu'ils chérissaient tant ! Ainsi, très peu parlèrent à leur retour de ce qu'ils vécurent (à part entre eux?), peut-être par honte d'avoir manqué aux leurs, mais aussi et surtout, par manque de mots pour décrire l'indicible? Alors, en mémoire de ceux qui nous ont quittés, et pour ceux toujours présent auprès de nous, fêtons également en cette année 2010, le retour de nos PG (Prisonniers de Guerre)?

  • Une chapelle Saint-Germain est mentionnée en 1553 dans un aveu de la seigneurie du Vauclair, qui situe le village du Pré-Guyot sur le chemin de Moncontour à « la chapelle de Saint-Germain ». A l'époque, cette chapelle est souvent utilisée comme point de repère ; nous n'en savons pas plus.

    Mais durant le XVIIème siècle, avec les registres paroissiaux, tout s'éclaircit : la chapelle, entourée d'un cimetière, est un centre paroissial très vivant, avec la messe du dimanche, célébrée par un chapelain, beaucoup d'obsèques et sépultures ainsi que quelques mariages. Ce lieu de culte concerne des gens de tout âge et de toute condition.

    La première sépulture connue est datée de 1637. Elle indique « Décès de Gilette Rio, inhumée en la chapelle de Saint-Germain ». La date coïncide avec le premier registre de décès de Hénon. A-t-on inhumé avant à Saint-Germain ? Probablement, mais il ne reste pas de traces écrites. Pour l'année 1639, cinq inhumations sont notées pour Saint-Germain, soit dans la chapelle, soit dans son cimetière. Et ça continue ainsi, de façon irrégulière, jusqu'au début des années 1700.

    Dernière sépulture en 1742


    Les nobles, des Granges ou de Belle-Vue, de la Haute-Ville ou de la Rosaye (Roselaie), étaient aussi des fidèles de Saint-Germain, bien que certains aient leur propre chapelle. Ainsi en 1644, « Damoiselle Péronnelle Le Mintier, des Granges, inhumée dans la chapelle de Saint-Germain » ; plus tard, il en est de même pour Thérèse De Courson, et pour écuyer Jean-Baptiste de Courson, de la Haute-Ville. Quant aux nobles de la Rosaye, les Rouxel, sieurs du Préron, ils avaient un droit d'enfeu et de tombeau de marbre prohibitif dans la même chapelle. A partir des années 1650, l'âge du défunt et son village sont indiqués : Pierre Hervé, 66 ans, du Pré-Guyot par exemple.

    Les mariages apparaissent à la fin du siècle et la chapelle est appelée l'église de Saint-Germain ; en 1684, mariage de Jean Cosson, moulnier (meunier) à la Maladrie, et Marie Le Molle, du Faubourg d'Arondel, dans l'église de Saint-Germain. En 1689, mariage de François Trécherel et Jeanne Nivet, dans le même lieu. Pour l'année 1705, nous avons une précision supplémentaire : « le dimanche 15 février 1705, en la chapelle de Saint-Germain, mariage de Gilles Gautier et Gilette Mole, bénédiction par missire Roland Méheust, chapelain de la dite chapelle ».

    Pour les sépultures, c'est dans les années 1680 qu'il y en a eu le plus à Saint-Germain. On en compte six en 1684 et neuf en 1686. Après, il n'y en a plus que un ou deux par an. Au passage, signalons en 1689 un centenaire, avec un acte de décès détaillé : « Décès de Thomas Bédel, 104 ans, enterré à Saint-Germain, chapelle de notre paroisse de Hénon, par Missire Laurent Le Chapelier, chapelain de la dite chapelle ».
    Par la suite, mariages et sépultures à Saint-Germain vont s'espacer : dernier mariage trouvé, celui de Hiérosme (Jérôme) Loncle et Péronnelle Gerno, en 1709, en présence du soussignant qui a ensuite célébré la sainte messe en la chapelle Saint-Germain. La dernière sépulture est peut-être celle de François Baudet, âgé de 70 ans, en 1742, soit environ un siècle après celle de Gilette Rio en 1637.

  • Jérôme Le Borgne, né le 21 novembre 1896 à l'Elbrun en Hénon,fut mobilisé en 1915 à l'âge de 19 ans, victime des gaz toxiques, il fut démobilisé en 1919 avec le grade de lieutenant. Comme beaucoup de jeunes hommes de l'époque, il parti chercher du travail hors de Bretagne et atterrit en Picardie, puis dans la Somme où il se maria à Moislains (80). Instituteur, puis directeur de l'école communale, il fut à nouveau mobilisé en septembre 1938, remobilisé en septembre 1939 et fait prisonnier le 22 juin 1940 puis libéré comme ancien combattant en août 1941. Engagé dans les FFCI en mars 1942, il est arrêté le 1er juin 1944 pour faits de résistance, entre autres pour avoir caché des aviateurs américains? Interrogé et incarcéré, il est transféré à Compiègne le 15 juillet 1944. Il est intégré à un convoi de 1 528 hommes entassés dans des wagons à bestiaux (100 par wagon) direction le camp de concentration de Neuengamme en Allemagne. L'accueil fut terrible. Arrivés de nuit, les prisonniers sont éblouis par les projecteurs, et sont sous les coups des SS qui hurlent des ordres incompréhensibles en allemand. Le lendemain, ils étaient immatriculés? Jérôme Le Borgne reçu le matricule 37 312. Il fut envoyé par la suite à Osterot (un camp annexe exploitant plus de 800 déportés au profit des entreprise Krupp).
    Devant l'avancée des troupes alliées, les SS décidèrent l'évacuation d'une partie des déportés de ce camp (le 6 avril 1945) vers Landbostel, camp mouroir dépendant de Neuengamme. Après le départ des SS, et malgré l'aide apportée par les PG(Prisonniers de Guerre), 2 700 cadavres non identifiés furent dénombrés le 29 avril 1945 à l'arrivée des soldats britanniques. Jean Morin de Saint-Carreuc, centenaire décédé l'an dernier, comme prisonnier de guerre a porté de la nourriture à Jérôme Le Borgne après le départ des SS, mais épuisé et malade il décéda avant son rapatriement le 9 mai 1945 à l'âge de 49 ans. Tous les décédés après la libération du camp ont eu leur corps rendu à leur famille. Jérôme Le Borgne est enterré à Moislains ou une rue porte son nom. Il a eu deux enfants : Suzanne, ancienne professeur d'anglais, et Yves, ingénieur chimiste décédé en 2009.

  • Trois autres enfants de Hénon , tous habitant le même secteur, partirent travailler au titre du STO et moururent en Allemagne sous les bombardements par les alliés des usines où ils travaillaient? Il s'agissait d'Ange Gallais, du Clos des Aulnes, de Marcel Français (né à Plémy), dont les parents étaient venus prendre la ferme de la Petite Haute Ville et de Pierre Georgelin (venant de Plouguenast pour habiter au Pont Rado).

    Ainsi, sur environ 1 100 personnes des Côtes du Nord qui ont été déportées 530 sont décédées dans les camps, dont 130 femmes et plusieurs enfants principalement issus de familles juives. Pour la seule ville de Saint-Brieuc, 144 personnes furent déportées dont beaucoup, d'origine juive, étaient acteurs de la vie économique (professions libérales et commerçants). Les communes bordant Hénon ont toutes elles aussi connues la perte de certains des leurs dans les camps : trois à Moncontour, deux pour Plémy et deux pour Quessoy.

  • Ouvert à la fin du mois d'août 1943 à la suite des bombardements du centre de recherche des fusées V2 (fusées très puissantes de 350 Km de portée lancées sur l'Angleterre à partir de septembre 1944), ce camp souterrain situé à Kohnstein au sud du Harz, avait pour mission l'assemblage desdites fusées? Les déportés y étaient exploités dans des conditions inimaginables? ils étaient ainsi enfermés jour et nuit dans les tunnels, et, à cause d'atroces conditions de vie et de travail, mouraient pour nombre d'entre eux au bout seulement de quelques semaines ! Devant l'avancée des troupes alliées, les SS décidèrent l'évacuation du camp de Dora devenu autonome depuis octobre 1944. Les évacuations vers Bergen-Belsen commencèrent dans des conditions dantesques? Les déportés qui rallièrent le camp de Bergen-Belsen à pieds et qui ne pouvaient plus suivre le rythme étaient abattus par les SS, d'autres furent entassés dans des wagons à « ciel ouvert »? Le camp de Bergen-Belsen était l'apologie de la honte ! Les déportés, dont Victor Andrieux, étaient livrés à eux-mêmes, sans nourriture et sans eau? Ils devenaient de véritables « cadavres ambulants » se déplaçant tels des fantômes? Des milliers de corps sans vie jonchèrent rapidement ce sol.

    Les troupes anglaises libérèrent le camp le 15 avril 1945 ; malgré les soins qui lui furent prodigué, Victor Andrieux décéda le 22 avril à l'âge de 47 ans sans avoir pu revoir sa famille et son pays. Sur les 999 malheureux formant le convoi au départ de Compiègne, 387 étaient morts ou portés disparus.

    Sources : Livre mémorial sur les déportés des Côtes du Nord de Marie-Pierre et Pierre Klein & l'aimable concours de Mme Germaine Giacopelli (fille de Victor Andrieux)

  • Avant propos...

    L'Abbé BOURHY était vicaire à HÉNON dans les années 1880, il relata la vie de ses contemporains dans son ?uvre, Histoire de HÉNON

    Première partie : Un "dur" et beau pays !

    « Quelques étymologistes ont prétendu que HÉNON proviendrait du verbe « henner » (employé jadis dans la région pour indiquer un essoufflement, un effort pénible), il y a sans doute du vrai tant il faut faire des efforts pour arriver au bourg et pour parcourir les différents secteurs de la commune ! De tous côtés en effet se rencontrent des chemins profonds, impraticables pour la plupart d'entre eux en hiver ; des escarpements nombreux et difficiles, cause principale des asthmes dont souffrent presque tous les « vieillards ». La commune qui compte 2989 habitants a une superficie de 4 100 ha de « terrain ». Son plus grand « diamètre » est de 13 km (de la Ville Robert à la Ville ès Bruyères) et le « plus petit » de 6 km (de la Croix de Catuélan à la limite de PLÉMY)? La commune est bornée au nord par PLÉDRAN et QUESSOY, à l'ouest par SAINT-CARREUC, au sud par PLOEUC et PLÉMY, à l'est par TRÉDANIEL et MONCONTOUR. Au sud, la « montagne » de Brémard avec ses prolongements établit la ligne de démarcation entre les bassins de l'Océan Atlantique et la Manche. Aussi, remarque-t-on autant de sources qu'il y a de cours d'eau à « arroser » son territoire : la source du Seurre qui alimente les étangs de la Ville Chuplée et du Colombier, la source du Vau Judée d'où sort le ruisseau qui passe au Chénot puis au Moulin au comte et tant d'autres encore (source de Fébillet, des Salles, de la Ville Garel, du Vauclair en PLÉMY qui établit la séparation entre HÉNON, MONCONTOUR, TRÉDANIEL et BRÉHAND). Tous ces cours d'eau vont « grossir » l'Evron qui se jette dans l'étang des Ponts-neufs? Sur ces cours d'eau l'on dénombre pas moins de quatorze moulins, et il existe également deux moulins à vent (du Pré Oiselet et des Pins). Le pays est riche en gibiers à cause du grand nombre de bois dont certains de « haute futaie », de taillis, de coteaux laissés souvent en pâturage et couverts de genêts et d'ajoncs? Les propriétés sont pour la plupart gardées, mais les braconniers (qui sont nombreux !) trouvent moyen de « rencontrer » lièvres, lapins, perdrix et autres bécasses ! De temps en temps, des chevreuils trop « confiants » viennent de la forêt de Lorge en « excursion » jusque dans nos vallées? Ils y trouvent presque immédiatement le Mort ! »