La commune rend hommage aux civils tués du 5 août 1944

Le 5 août 2019, à La Belle Etoile, la commune de Hénon a rendu hommage aux civils tués 75 ans auparavant jour pour jour, lors de la seconde Guerre mondiale. Pendant la cérémonie, Monsieur le Maire Thierry Andrieux a prononcé un discours que voici en intégralité.

Lors du débarquement du 6 juin 1944, une armada de 4266 navires de transport et de 722 navires de guerre s'approcha des côtes normandes, sur un front de 35 kilomètres. Nous comptâmes 130 000 hommes, Britanniques, Américains ou Canadiens pour la plupart.

Dans les jours qui précédèrent la Libération du département des Côtes-du-Nord du 1er au 18 août 1944, les troupes allemandes cherchèrent à se mettre en sécurité dans les grandes bases navales qu’elles occupaient à Brest (Finistère) et à Lorient (Morbihan). Subissant le harcèlement de la Résistance, elles se livrèrent à des crimes commis sans objectif militaire, tuant de paisibles gens au travail dont le seul tort fut d’être au mauvais endroit au mauvais moment.

Ce fut durant cette période que près de 50 % des 700 victimes recensées dans le département furent abattues, massacrées.

Début août 1944, les Allemands ayant quitté la ville de Moncontour, une section de FFI de la Résistance locale, composée de 25 hommes environ, en prit possession. Vers 12h30, un détachement d’une dizaine de parachutistes allemands fut signalé sur la route de Lamballe. Ce groupe venait d’Erquy dans le but de rejoindre Lorient.

Dès le 3 août 1944 à La Couture en Erquy, un combat l’opposa à la Résistance locale faisant six tués parmi les FFI et cinq victimes parmi les civils.

Pensant que ce détachement n’était composé que d’une dizaine d’hommes, les FFI allèrent leur tendre une embuscade à La Belle-Etoile dans les faubourgs de Moncontour. Au cours de l’engagement, trois parachutistes furent tués et plusieurs autres furent blessés. En représailles, douze civils furent froidement assassinés à la limite des communes de Moncontour, Trédaniel et de Hénon, dont dix hommes et deux femmes. Parmi eux deux adolescents.

Lors de l’affrontement, au carrefour des routes de Lamballe et de Saint-Brieuc, les Allemands lancèrent une fusée pour demander le secours d’une importante colonne de 250 hommes qui les suivait, se déployant en position de combat. Furieux, déchaînés et ivres par le pillage des débits rencontrés, ils se livrèrent à de multiples exactions, menaçant de tuer tout le monde et de mettre le feu à la ville de Moncontour.

À la Belle-Etoile en Hénon, ils abattirent le jeune Joseph Boscher âgé de 16 ans, et prirent en otage 6 personnes : Eugène Reslou, François Tardivel, Pierre Haffray, Isidore Morin, Pierre Calvez et Roger Dieulesaint. Ils les firent courir devant eux les bras levés en direction du bord de la rivière l’Evron sur la route de Saint-Brieuc avant de les abattre un à un d’un coup de revolver dans la nuque, basculant les corps dans la rivière. Ils mitraillèrent ensuite longuement les cadavres submergés.

Pierre Calvez, bien que grièvement blessé au cou et à la tête, échappa miraculeusement à la mort.

Les femmes portant leurs bébés et les enfants du quartier furent contraints d’assister à ce spectacle sous la menace de fusils mitrailleurs et de mitraillettes.

Les trois membres de la famille Rio, le père Joseph Rio, son épouse Louise Thébault et leur fils Roger Rio, furent abattus dans leur maison. Jeanne Garnier épouse Berthelot fut abattue au pied de son lit, Mathurin Rebours et son commis Henri Hervé furent abattus dans la cave de cette maison où ils s’étaient réfugiés.

Sept maisons et un garage furent incendiés.

Le responsable de ces crimes fut l’adjudant-chef Robert Stahler. Sous la menace d’un revolver, il entra dans la gendarmerie et somma un gendarme de rassembler 50 bicyclettes en 15 minutes.

Vers 17h, les FFI décrochèrent sans avoir subi de perte, ayant devant eux 250 parachutistes fortement armés. La population rassembla les bicyclettes exigées à la gendarmerie. Les Allemands firent aligner tout le monde en vue d’un nouveau massacre.

Mme Veillet Dufrême qui s’exprimait parfaitement en allemand, alla parlementer avec les militaires allemands. Elle leur promit d’assurer une sépulture décente à trois des leurs, tués. Le capitaine du détachement sembla ne pas approuver les méthodes de Robert Stahler. Ne maîtrisant plus ses hommes, il donna l’ordre de départ. Ils prirent la route avec une trentaine d’otages en direction de Plessala (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor).

Les otages, encadrés par des Allemands à bicyclette, furent emmenés en courant bras levés jusqu’à Plémy dans le but de protéger le détachement de toute attaque des FFI.

Le dimanche 6 août 1944, arrivés au Logis-Neuf en Plémy, les Allemands exigèrent d’être ravitaillés. Après un long conciliabule entre militaires allemands qui ne parvenaient pas à s’entendre, les otages furent libérés au Logis-Neuf en Plémy. La stèle de libération de ces trente otages marque cet événement.

À 28 km de Moncontour, la colonne fut stoppée à Saint-Lubin en Plémet (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor). Robert Stahler fut arrêté et détenu. On ne sut ce qu’il devint !

Suite à l’arrivée des américains le 6 août 1944, l’officier américain qui conduisait le groupe demanda qu’un rapport lui soit communiqué en promettant que les coupables seront châtiés. Les FFI ne peuvent qu’éprouver une peur rétrospective, à l’idée qu’ils ont eu à faire à une unité redoutable qui s’était conduite d’une manière ignoble tant à Erquy qu’à Moncontour les 3 et 5 août.

Les victimes de ce 5 août 1944 sont :

  • Joseph Marie Boscher, né le 5 mai 1926 à Plémy, fils de François Boscher et de Marie Collin, demeurant à Plémy, âgé de 18 ans.
  • Roger Dieulesaint, né le 25 août 1927 à Plémy, fils de Jean Dieulesaint et de Marie Junguenet, demeurant à Plémy, apprenti boulanger, âgé de 16 ans.
  • Roger Joseph Louis Rio, né le 26 septembre 1921 à Hénon, fils de Joseph Rio et de Louise Thébault épouse Rio, demeurant chez ses parents à Hénon, abattu dans sa maison avec sa mère Louise Thébault et son père Joseph à l'âge de 23 ans.
  • Louise Virginie Julie Thébault, née le 5 novembre 1891 à Moncontour, fille de Jules Thébault et de Jeanne Perrin, abattue dans sa maison avec son époux Joseph Rio et son fils Roger Rio à l'âge de 53 ans.
  • Joseph Rio, né le 19 février 1878 à Trédaniel, fils de Louis Rio et de Jeanne Le Clerc, demeurant à Trédaniel, abattu à l'âge de 66 ans.
  • Francois Tardivel, né le 3 février 1912 à Trédaniel, fils d’Alexandre Tardivel et d’Augustine Thomas, époux de Clotilde Le Peillet, réfugié à Moncontour, âgé de 32 ans.
  • Mathurin Elie Rebours, né le 6 juillet 1899 à Hénon, fils de Mathurin Rebours et de Jeanne Tardivel, époux de Marie De Goyon, demeurant La Vallée en Hénon, âgé de 45 ans.
  • Henri Hervé, né le 1er mars 1923 à Hénon, fils de Mathurin Hervé et d’Augustine Ruellan, demeurain à Trégenestre, âgé de 21 ans.
  • Isidore Morin, né le 10 août 1920 à Trédaniel, fils de François Morin et d’Angélique Clément, demeurant à Trédaniel, ouvrier forgeron chez Pierre Calvez, âgé de 24 ans.
  • Pierre Haffray, né le 10 avril 1912 à Quessoy, fils de Jacques et de Marie Le Hérissé, époux d'Angèle Jégot, quatre enfants, âgé de 32 ans
  • Jeanne Garnier épouse Berthelot, née 21 novembre 1891 à Quessoy, fille de Pierre Garnier et de Jeanne Dutertre, demeurant au Quildé en Quessoy, épouse de Jean Aubin en première noce puis de François Louis Berthelot, âgée de 53 ans.
  • Eugêne Reslou, né le 5 septembre 1927 à Trédaniel, fils de Francisque Reslou et d’Eugénie Couté, célibataire, âgé de 16 ans.

Par respect aux trop nombreuses victimes du Nazisme, faisons une minute de silence et espérons que cela ne se reproduise. Notre devoir de mémoire est de transmettre ces faits aux nouvelles générations.

Photographies : Jacky Guyot