Histoire & Géographie

Etymologie et Histoire 

D'après Michel PRIZIAC dans son ouvrage sur la toponymie hénonnaise

Etymologie

Vieux frêne

Hénon vient, semble-t-il, du breton « hen » (vieux) et « onn » (frêne). L’existence d’une autre localité Henon à Saint-Domineuc en Ille-et-Vilaine serait de nature à renforcer cette hypothèse. Hénon est un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Plémy.

Une donation en 1205

Il semble que le territoire de Hénon ait été le siège d'une ancienne fondation Plantagenêt. A la fin du XIIème siècle, un Geoffroy de Hénon fut évêque de Saint-Brieuc. Il signa en 1205 une donation de Guy de Thouars aux cisterciens de Boquen. Alain de Hennon (Alanus de Hennon) apparaît comme témoin dans un acte de 1205.

Histoire de Hénon

Plusieurs appellations

Hénon est une paroisse dès 1274 ; le chevalier Guillaume Le Noir y engage des dîmes. Elle est comprise dans l'archidiaconé de Penthièvre et relève de la châtellenie de Moncontour. Elle appartint, sous l'Ancien Régime, au diocèse de Saint-Brieuc et élit sa première municipalité le 3 février 1790. Le nom de la commune de Hénon est officialisé le 27 octobre 1801. On rencontre les appellations suivantes : Hennon (en 1205), Par. de Henon (en 1274), Henon (vers 1330).

Relier Lamballe à Gouarec

La commune était traversée par la voie romaine qui, allant de Lamballe à Gouarec, passait au Bas Chemin, à Hauterue, à la Rue, à la Ville neuve (il y fut trouvé, en 1928, 52 haches phéniciennes en bronze), au Haut Chemin avant de gagner Ploeuc.

Un grand nombre de villages

La commune de Hénon comprend les villages suivants: la Vallée, Arondel, le Pré-Guihiot, Forville, les Grands-Moulins, Belle-Vue, la Roche, la Haute-Ville, la Ville-Avenet, la Maladrie, Bourienne, Fétabry, le Beau-Cadalu, Pélan, Guémeheux, le Vau-Tenet, les Préreux, le Village, la Ville-Galais, Fébillet, la Touche-Rouault, Port-Martin, le Vau-Bonet, le Champ-Dolo, la Ville-des-Brières, le Vaugouro, la Touche-ès-Plats, les Aulnays, Launay-Noël, le Gué-Briand, la Haute-Braise, la Ville-Balay, le Claquenêtre, Blavet, la Neauvais, la Ville-Chuplé, les Mezrues, le Grand-Bourieux, la Salle, Tertre-Moro, la Haye, Hazaye, la Fossette, la Ville-Robert, la Motte, la Lande, le Bas-Guerlan, le Haut-Guerlan, la Touche-Heurtaux, le Clos-des-Aulnes et divers autres lieux-dits.

Un important cours d'eau

L’Evran, formé par la réunion du Monvillo et de Launay, est la rivière la plus importante de la commune. Son nom, identique à celui du chef-lieu de canton Evran, est de nature à éclairer le sens de ce dernier. Le fait qu’il s’agisse d’un cours d’eau confirme l’hypothèse d’un composé de « eve », eau et de « randa », limite pour confier à l’ensemble le sens de cours d’eau servant de limite. Evran équivaut également à Ingrandes, Aigurande, Eygurande. L’équivalence sémantique Iguerande (Saône-et-Loire), Yvrandes (Orne) et Evran (Côtes d’Armor) est essentielle en toponymie puisqu’elle confirme l’évolution linguistique du « gu » en « v » que l’on retrouve aussi dans les termes « guern » et « vern ».

Un territoire

Un carrefour

La Commune de Hénon est située au centre du département des Côtes d'Armor :

  • A un peu moins de 20 Km de Saint-Brieuc et de Lamballe,
  • A 6 Km de Moncontour-de-Bretagne, son chef de canton,
  • A moins de 15 Km du littoral (Baie de Saint-Brieuc).

Des grands axes

Sa position géographique (triangle formé par Lamballe, Saint-Brieuc et Loudéac) et sa desserte par des voies secondaires (RD 1, RD 765 et RD 768) permettent à sa population de rejoindre rapidement les grands axes de communications que son la RN 12 (Rennes, Saint-Brieuc et Brest) et la RN 164 (Rennes, Loudéac et Châteaulin).

Un relief

Le territoire communal est caractérisé par un relief très vallonné, les altitudes décroissent depuis le Sud vers l'Ouest de la Commune avec des points culminant à 250 m d'altitude, jusqu'à la rivière de l'Evron en limite Est de la Commune à 60-70 m d'altitude.

Un paysage

Le relief est dessiné par les ruisseaux de Catuélan et du Moulin Roussé, affluents de l'Evron, qui forment des ruptures dans le paysage. A noter que les limites Ouest et Sud de la Commune sont proches des lignes de crêtes qui séparent Hénon des Communes voisines de Saint-Carreuc et de Ploeuc-Sur-Lié. Le bourg quant à lui est juché sur le haut d'une colline d'une altitude d'environ 150 m, le bourg s'imposant comme un véritable point de repère dans le paysage communal et même au-delà de ces dernières.

Une population

Des Hénonnais de plus en plus nombreux

L’évolution de la population de Hénon depuis 1968 peut être découpée en trois grandes phases :

  • entre 1968 et 1975, la population de Hénon, comme bon nombre de communes rurales, a connu une très forte décroissance de ses effectifs (-22 habitants en moyenne par an, soit une régression de population de – 8% sur cette période),
  • entre 1975 et 1999, Hénon a connu une période de stabilité de ses effectifs oscillant entre 1730 et 1740 habitants,
  • Depuis 1999, Hénon connaît un véritable boom de sa population qui lui a permis de retrouver quasiment son niveau de population de la fin des années 60.

Plus de 2000 habitants

Le recensement effectué en début d’année 2008 annonce 2 059 habitants pour notre population globale soit plus de 300 habitants par rapport au dernier recensement de 1999. Cette tendance se poursuit depuis. Lors du dernier recensement de 2013, la commune comprend plus de 2200 habitants, preuve du dynamisme de cette dernière !

  • Parmi la quarantaine d’articles qu’il a rédigés pour la « Voix de l’Armel », Pierre Corbin nous a conté dans le détail « La construction de l’église ». Les principaux acteurs de cette mise en œuvre ont été Antoine Rio (comptable) ainsi que Messieurs Maignan (architecte) et Bellec (entrepreneur). 

    L’édification d’une nouvelle église paroissiale a été décidée le 23 juillet 1876 par une réunion du conseil municipal et consultation du maire Louis Espivent de la Villeboisnet résidant au château de Catuélan. L’ancienne et très petite église de Hénon, sise à l’emplacement de l’actuelle, et accotée à son cimetière, a brûlé dans la nuit du 8 au 9 juillet 1876, après 100 années d’existence. 

    Pendant ce temps, le Comte de Lorgeril a cédé pour la construction d’un autre cimetière un terrain de 36,80 ares, situé rue de l’Armel, et appelé « le Lonchaie ». Les premières inhumations eurent lieu fin 1876. La dernière résidence de chacun et chacune de nous ne fut clôturée qu’en 1894 par un mur qui a coûté 6000 francs.Concernant l’église, le montant global des travaux fut d’abord estimé à 234 000 francs, comprenant un don exceptionnel de 80 000 francs apporté par la famille de Catuélan. 

    Lorsque l’église fut terminée, restaient encore à régler 50 000 francs. La commune résolut ce problème financier via un emprunt soldé en dix ans fin 1890 (en 1880, le budget annuel de la commune était de 10000 francs). Ces Messieurs n’étaient guère aidés par le recteur de l’époque l’Abbé Moisan que la moindre « chipoterie » mettait en larmes. 

    Donc, la première pierre de cet édifice fut posée le 1er octobre 1876, et la monumentale construction vit sa consécration ainsi que son premier culte le dimanche 6 novembre 1881. Cinq années s’étaient écoulées.Durant la construction du site religieux hénonnais, les blocs de granit étaient entreposés dans un champ situé face à l’actuelle salle Cézembre, et au pignon de l’ex-bistrot de Nanon de la Jules, un commerce devenu l’emplacement de la mairie. Cette femme était également propriétaire des deux parcelles contiguës (le futur terrain de foot de l’Armel) dégagées au bulldozer vers 1960. 

    L’église de Hénon se voit de très loin, en ce sens que le maire de l’époque voulait que ça en jette. Après en avoir visité plusieurs dans un très large rayon, il fixa son choix sur celle de Machecoul (Loire-Inférieure). Deux clochers pour cet édifice de style gothique, un seul pour le monument hénonnais.Alain Gallais détient de très précieux documents historiques et photos concernant Hénon, ne serait-ce qu’un cadastre datant du XIXe siècle.Machecoul est la petite ville où est située l’usine des cycles Gitane. L’équipe Renault-Gitane fut celle de Bernard Hinault (managé par Cyrille Guimard) qui, en 1978, a gagné son premier Tour de France.

    Texte écrit par Jean-Alain Jannin

  • Un site internet nous dit que ce métier eut ses origines à Lanfains. 


    Au 18ème siècle, Quintin, Moncontour-de-Bretagne et Uzel, bruissaient de nombreux métiers à tisser. Ces communes firent fortune dans la fabrication d'une toile de lin très fine, solide et inusable, « la berlingue », exportée en Angleterre et en Espagne par le port de Saint-Malo.Le lin et le chanvre, déjà traités, dont la principale région productrice française était le Trégor, devinrent de plus en plus chers à l'achat pour les tisserands. 


    La fabrication de la toile s'éteignit suite à des effets de mode et de nouveaux besoins économiques. Il fallait bien continuer à vivre cependant. 


    Des hommes de Lanfains puis de la Roche Derrien se lancèrent ainsi dans le métier de pillotou. Cette profession ambulante les emmenait, entre avril et octobre, jusqu’à Chartres. Voyager les rendait très instruits et ils revenaient dans leur commune natale des Côtes-du-Nord en n’usant plus que d’un français châtié. 


    Pillotou est en fait un mot dérivé de pillots : chiffons. Pillotou, pillotouse, sont deux mots péjoratifs et méprisants désignant également celui ou celle qui est pauvrement vêtu(e). 


    Célestin Morin, un chiffonnier résidant à L'Hermitage-Lorge, circulait régulièrement (à vélo puis, plus tard, à bord d’une camionnette Peugeot 202) sur Hénon au cours des années 1950-1960. Il y récupérait les chiffons et les peaux de lapins qui - elles - étaient retournées et tendues sur une fourchette de noisetier par le cédant.Faisant aussi fonction de brocanteur, notre homme ratissait large en vous débarrassant d'une armoire, d'un buffet, d'un rouet, d'un fléau traînant dans le grenier. 


    Les années 1958-1960 représentaient une époque où certaines de ces dames lâchaient du très beau chêne massif pour le formica coloré de jaune, de bleu ou de rouge, qui se torchait d’un rapide coup d’éponge. Chacun des deux camps était convaincu d’avoir fait la bonne affaire. Ce que l’on considérait, à tort, comme des vieilleries encombrantes s'achète maintenant à prix d'or chez les antiquaires cotés.


    Texte écrit par Jean-Alain Jannin

  • Nous célébrons le centenaire de la fin de la guerre 1914-1918, dite « La Grande Tuerie ». 

    Voici quelques rappels 

     Le samedi 1er août 1914 : ordre de mobilisation. Le tocsin résonne à 17 h. 

    Le dimanche 2 août 1914 : la mobilisation générale. Le service militaire étant de trois ans, les classes 1911, 1912 et 1913, qui sont dans les casernes, partent pour les frontières. 89 Hénonnais sont concernés. Ils sont remplacés par la première réserve : classes 1908, 1909 et 1910. Cela représente 81 Hénonnais. 

    Ensuite, les plus âgés, jusque 48 ans sont appelés sous les drapeaux, soit près de 600 personnes.Les seules dispenses sont accordées aux pères de six enfants et plus, qui seront dans l’armée territoriale, évitant ainsi les premières lignes. 

    149 hommes (jeunes) de Hénon sont morts en un peu plus de quatre ans. Sur le monument érigé dans le centre-bourg, des noms de famille reviennent souvent. 

    Les régiments bretons n’étaient pas les seuls au front mais ils y étaient tous : le 71e régiment d’infanterie de Saint-Brieuc, le 48e de Guingamp, le 41e de Rennes, le 47e de Saint-Malo, le 70e de Vitré… Ils ont été presque anéantis dans les premières semaines. 

    Pour la sanglante (et pire ?) journée du 22 août 1914, l’armée française a perdu près de 25 000 combattants. Par exemple, le 2e RIC de Brest avait un effectif de 3326 hommes au départ. Après la bataille à la frontière belge (Charleroi), ils n’étaient plus que 476. 

    Combien de jeunes Hénonnais ?

    Sources : archives départementales série 1R, livre « Le tocsin de la moisson » (R. Laouanan), revue « Regards sur la région de Ploeuc » (n°27), Alain Gallais

    Texte écrit par Guy Cheny

  • Ce n’est que depuis la révolution de 1789 que l’on trouve trace de vie sur les registres municipaux dans toutes les communes. Avant cette date, c’est le clergé qui tient l’état-civil à jour. Si vous tenez à faire votre arbre généalogique au-delà, ce sont les registres paroissiaux qu’il faut consulter. De ce fait, pour officialiser votre mariage avant la révolution, il fallait passer par l’église. Il est en outre difficile pour les recherches d’aller au-delà de 1600 car c’était, avant, plutôt facultatif. Il a fallu deux ordonnances royales, l’une de 1579 et l’autre de 1593 pour y mettre bon ordre en obligeant les curés des paroisses à tenir des registres de baptêmes et de sépultures mentionnant les patronymes et les prénoms puis les mariages.

    1ère municipalité le 1er février 1790

    C’est ainsi que l’état-civil est né. A Hénon, ça n’a pas été appliqué immédiatement : pour les baptêmes, l’on ne trouve trace qu’en 1595, pour les mariages et les sépultures 1636-1637 (1). Donc c’est en 1789 que les 36 000 communes de France ont été créées pour remplacer les 36 000 paroisses par un décret de l’assemblée révolutionnaire.
    La première municipalité de Hénon date du 1er février 1790. Le nom de la commune de Hénon fut officialisé le 27 octobre 1801 sous le consulat de Napoléon Bonaparte. Le premier maire de Hénon se nomme François Le Hérissé. Il habite au manoir de la Mare. Son premier adjoint est Olivier Gibet du Bas-Guerland. La commune est administrée par un corps municipal de six membres (maire, adjoints, procureur et greffiers) ainsi qu’un conseil général de douze membres que l’on appelle des notables. Tous sont élus pour deux ans par les citoyens actifs ayant plus de 25 ans, domiciliés dans la commune depuis au moins un an, payant des contributions et n’étant pas domestique pour éviter que ceux-ci ne subissent des pressions directes de leurs employeurs. Les femmes quant à elles ne votaient pas. Ainsi, sur une population de 2600 habitants environ à cette époque, 250 à 300 personnes étaient susceptibles de voter.

    Déclaré maire à la fête de la souveraineté

    En octobre 1793, nous assistons à une dissolution de la municipalité. On reproche à celle-ci son incivisme notoire et son plus ardent amour pour l’ancien régime. Le directoire du département nomme une commission municipale et désigne Jean Boênet (Boinet) de l’Aunay-Rouault comme maire. A partir du 1er novembre 1793, les actes d’état-civil sont signés de François Berthelot, curé assermenté et officier public, puis après quelques mois par Pierre Richecoeur.
    La constitution du 5 frutidor an III (1795) supprime les municipalités dans toutes les communes de moins de 3500 habitants et crée les municipalités de canton. A Hénon, il n’y a plus qu’un agent municipal (Jean Boinet) et un officier d’état-civil. La municipalité formée par des agents municipaux se trouve à Plédran puisque Hénon, à cette époque, fait partie non pas du canton de Moncontour mais de Plédran. S’en suit une période assez floue où l’on trouve trace d’Olivier Gibet déclaré maire en 1798 à la fête de la souveraineté du peuple le 20 mars.

    Pas de maire de septembre 1853 à mars 1854

    Les municipalités ne renaîtront dans leur forme actuelle que sous le consulat en 1800. Le maire de Hénon à ce moment là est Mathurin Denis. En 1808, le citoyen Héméry des Mézues est nommé maire. Il le restera jusqu’en 1816. Viendront ensuite (2) : Louis Vesdelou, Marquis de Bédée, de 1816 à 1830, Richecoeur père de 1830 à 1832, Richecoeur fils de 1832 à 1848, Emmanuel du Merdy de 1848 à 1851 et De Beuzon (ou Beuzan) de juillet 1852 à septembre 1853.
    De septembre 1853 à mars 1854, il n’y a pas de maire. Les adjoints signent à tour de rôle les registres d’état-civil. Suivront ensuite d’autres maires : Jean Morin du Nil de mars 1854 à juin 1859, Harscouet des Mézues d’août 1859 à juillet 1865 et Joseph Le Hérissé du Pont-Joret de septembre 1865 à mars 1871. Emmanuel du Merdy fut élu maire pour la seconde fois en mai 1871. Il mourut subitement en novembre 1872. Louis Espivent de la Ville es Boinet est nommé en décembre 1872 et mourut en 1906. Voici enfin les maires depuis le 20e siècle : Alain De Lorgeril de juin 1906 à 1944, Jospeh Espivent de Catuélan de 1944 à 1960 et Jacques de Catuélan de 1960 à 1977. Depuis 1977, Georgette Bréard serait donc le 18e maire depuis la création des municipalités.

    (1) Source : Arbres et Racines de François Le Hérissé. (2) Source : Histoire de Hénon d’Alain De Lorgeril.

  • « De la Villéon, Rr de Hénon » ; une signature que l’on voit apparaître en 1753 dans les registres paroissiaux jusqu’en 1792. René de La Villéon aura été recteur de Hénon pendant près de 40 ans. Aidé par deux ou trois curés (vicaires), il nous a laissé des registres bien écrits et détaillés, avec beaucoup de noms de villages et de professions. Et de surplus, il a cru bon, pour certaines années, de récapituler la météo en fin de registre en commençant par l’année 1768. « Année extrêmement pluvieuse. Depuis la fin mai jusqu’au mois de décembre, pluie continuelle, spécialement aoust 7 bre et 8 bre (août, septembre, octobre). Peine infinie à ramasser les récoltes et les fourrages. Il a fallu battre dans les granges et les maisons. Difficultés à ensemencer. A la mi-janvier 1769, tous les bleds (blés) pas encore battus ».

    La disette, la grande misère

    Après ce tableau de désolation, il ajoute ceci pour 1769 : « La récolte suivante de 1769 mauvaise. Sur tout le cours de Clineuf il n’y avait guère que les semences. Le froment à Noël valait 30 L (livres) la perrée de Moncontour ». Voilà donc deux mauvaises années consécutives. Alors en 1770, c’est la cherté, la disette, la grande misère. Ce sont les mots du recteur. Des bleds venus de l’étranger n’ont pas fait baisser les prix ; le seigle du « païs » à 36 L la perrée, le bled de 42 à 45 L… Il faut nourrir les pauvres avec de la soupe de graisse et en outre du pain une fois par semaine. Inévitablement, cela influe sur la vie des gens. A titre d’exemple, on compte encore 27 mariages en 1769 et seulement 9 en 1770. Pour les décès, c’est irrégulier mais on en compte 149 en 1773, deux fois plus que la moyenne.

    Six années de météo déréglée

    Nouveaux problèmes en 1771. « L’été de cette année a été extrêmement sec. Les blés noirs n’ont point levé. Il n’y en a presque pas eus à la récolte ». Et après, c’est le seigle qui s’en mêle ; il est atteint par la maladie de l’ergot. On mélange ce seigle avec du blé pour faire du pain mais ce pain a un goût amer. Il rend « malade, endormi, hébété ». Alors il faut recourir à l’avoine. Par la suite, ça s’améliore peu. Les notes à la fin de 1774 sont brèves mais toujours alarmantes : « récoltes très mauvaises suite à l’abondance des pluies depuis octobre 1773 jusqu’au mois de juillet 1774 ». Voilà en résumé six années de météo déréglée. Après c’est sans doute revenu à la normale. Le recteur ne signale rien pendant quelques années. Pour 1782, il note quand même ceci : « Bleds aussi chers qu’en 1770. Cette cherté venue par le peu de blé noir en 1781. Néanmoins, les bleds n’ont pas manqué ».

    Une catastrophe d’un nouveau genre

    A partir de 1785, c’est le retour à la désolation : « Année de sécheresse, toutes les récoltes ont manqué ». Cette ligne percutante est écrite deux fois, à la fin du registre des baptêmes et à la fin de celui des sépultures. Le recteur voulait que ça reste pour la postérité. Cette sécheresse se répercute sur 1786, « année de misère et de disette ». Sans importation, le blé aurait manqué, le lin également. Le gouvernement a fourni du blé moins cher que celui des négociants et a fait distribuer 25 600 L de pain. Une catastrophe d’un genre nouveau survient peu avant Noël 1787 : « Désastre le 23 décembre sur les pommiers par la neige qui se glaçant forma un tel poids aux branches des arbres qu’il en déracina une partie, rompit ou éclia une autre partie, hacha les cimes du reste. 4 000 pommiers ainsi maltraités. Le cours du Roncelay très peu endommagé. » Et en 1788, la série continue : « Coup d’hiver plus fort, depuis la mi-novembre jusqu’à la mi-décembre, qu’en 1740-1741. Vu la force des glasses (sic) on ne pouvait plus moudre. On a fait rouler à bras les moulins. Faim en a suivi ».

    Ainsi se terminent ces notes précieuses écrites par un recteur attentif à la vie de ses paroissiens. Elles nous apportent un nouvel éclairage sur un passé déjà lointain. A chacun ses commentaires ou ses réflexions.

  • La statue de Notre-Dame du Roncelet, dans le transept de l’église, est bien connue des Hénonnais. Mais dire d’où vient cette belle statue est moins évident. Le Roncelet, ou Roncelay, était une chapelle dédiée à la Vierge et à Saint-Laurent. Elle était située sur la route de la Mare, face à la Maison-Neuve, sur une parcelle qui s’appelle toujours Le Roncelet. Il n’en reste aujourd’hui que quelques tessons d’ardoises. Dans le cadastre napoléonien de 1808, elle est signalée comme « masure ». Un peuplier solitaire, au milieu de la parcelle, indique à peu près son emplacement.

    En remontant le temps, nous découvrons que l’histoire du Roncelet se mêle à celle du village de Lyvillion. Les archives des seigneuries du XVIe siècle apportent quelques repères : « chemin de Lyvillion au Clos-Collet », « chemin du village de Lyvillion à la métairie des Jaunais ». Puis un acte de sépulture de 1639 arrive à point pour clarifier la situation : « Damoiselle Hélène Le Forestier décéda le 26e jour de décembre l’an 1639. Le lendemain son corps fut inhumé en la chapelle de Lyvillion, autrement dit du Roncelet, où était présent M. Le Forestier, sieur de Lyvillion ». Voilà qui est clair : Le Roncelet et Lyvillion, c’est le même village.

    De 1639 à 1655, on relève huit autres actes de sépulture au Roncelet dont celui de Jean Le Marchand de la Hazaie et celui de Catherine Thomas de Cardreux. Le Roncelet servait de chapelle paroissiale. Ceci est confirmé par trois actes de mariage enregistrés à Quessoy : en 1616, mariage de Jean Baudet et Guillemette Couvé, en la chapelle du Roncelay ; les deux autres en 1621 et 1625. Vers 1660, le village de Lyvillion est habité par Georges Collas et René Le Hérissé. Ce dernier, né en 1642, est le fils de Jean Le Hérissé et Perrine de Beaurepère, qui se sont mariés à Plédran en 1641. René épouse Isabeau Morin et le jeune couple habite Lyvillion avant d’aller s’installer à la Mare.

    Avec un document beaucoup plus ancien, remontons jusqu’au Moyen-âge. En 1427, une enquête pour la reformation des fouages (impôts par foyer) recense les chefs de famille par village ou par quartier. Pour Lyvillion, dix-sept noms sont retenus, parmi lesquels Eon Pilet et Thomin Pilet, Alain Verdes, Perrin Le Héricé et Jouhan Le Héricé. Ces noms évoquent bien le quartier, Croix-Pilet et Hôtel-Verdes, puis Lyvillion pour les Le Héricé qui habitaient déjà ce village. Seule l’orthographe a changé.

    Il reste une question : quand ce village de Lyvillion ou Le Roncelet a-t-il pris son troisième nom, La Maison-Neuve ? Un acte notarié de 1758 nous met sur la voie. Il cite Demoiselle Catherine Le Hérissé demeurant à la « maison neuve du Roncelet ». On en conclut que le village doit son nom à une construction nouvelle pour l’époque. Signalons pour terminer qu’en 1791, dans une énumération des biens de la Mare, il est fait mention de « l’assemblée de Saint-Laurent, le 10e d’aoust, à la chapelle du Roncelet ». Ceci confirme que la chapelle est toujours là, en attendant son abandon à l’époque révolutionnaire.

  • Maladrie ou Maladrerie, Corderie ou Caquinerie, autant de noms de lieux qui évoquent des villages réservés aux descendants des lépreux. La Maladrie en Hénon était effectivement une Corderie ; ses habitants exerçaient tous le métier de cordier qui leur était assigné. Mais, en tant que descendants de lépreux, ils avaient leur cimetière à proximité. Hénon avait aussi sa petite Caquinerie au faubourg de la Vallée, près de la chapelle de la Madeleine. Tout cela remonte au Moyen-Âge. Pour le XVIe siècle, ça commence à se préciser ; on lit dans un document de 1553 : « chemin de Froitabrit à la Maladrie » et « ruisseau qui descend du Moulin de Robinot au Moulin de la Maladrie ».

    Mais c’est au XVIIe siècle, avec les premiers registres de sépultures, que nous saisissons le mieux ce qu’était la Maladrie. Ainsi en 1638 : « Jean Denis, cordier, décédé le 1er jour d’avril, inhumé au lieu où ont été accoustumés d’être inhumés ses ancestres, près de leur village ». Cette tournure en vieux français indique bien que le cimetière de la Maladrie a déjà connu plusieurs générations de cordiers. La même tournure va se répéter jusque 1700 environ, avec d’autres familles, des Ballusson, des Corlay, des Tastivint, des Touénon, tous cordiers ou cordières. Un acte de sépulture de 1648 précise encore mieux la coutume : « Le 22e jour de mars, Jeanne Corlay, cordière, décéda, et le lendemain son corps fut inhumé au lieu où ses ancestres avaient accoustumé d’être ensépulturés, jouste auprès de leur maison ». On imagine que le cimetière des cordiers occupait tout simplement un coin de la cour ou un bout de jardin.

    1851, finis les caquins puis les cordiers

    Ces cordiers travaillaient le chanvre, qu’ils devaient mettre à rouir dans la rivière, près du moulin. Ils cordaient les fibres à la main ou peut-être avec des instruments rudimentaires. Quelques-uns ont vécu vieux : en 1669, décès de Marguerite Denis, cordière, 70 ans ; en 1688, décès de Guillemette Touénon, cordière, 80 ans. Mais il y a aussi des décès d’enfants. Un acte de 1689 nous ramène à la Caquinerie : « Décès de M. Plétan, cordier, demeurant à la Vallée, en Hénon, enterré au village de la Maladrie ». Cet acte nous indique bien qu’il y avait un lien entre la Caquinerie de la Vallée et la Maladrie. Puis en 1701, le cimetière des cordiers de la Maladrie est abandonné, du moins à la lecture de l’acte suivant : « Décès de René Denis, cordier, 70 ans, de la Maladrie, inhumé au cimetière de Hénon ».

    Mais l’histoire des cordiers ne s’arrête pas là. En 1702, une nouvelle famille s’établit à Hénon suite à une alliance peu banale : « 1702, mariage de Mathurin Rouleau, cordier, de la paroisse de Mohon, évêché de Saint-Malo, et Marguerite Denis, aussi cordière, de Hénon. Dispense de consanguinité accordée par le pape et les évêques de Saint-Malo et Saint-Brieuc ». Cette parenté entre un mari de Mohon et une épouse de Hénon peut surprendre mais on se mariait seulement entre cordiers et même à distance on finissait par être apparenté. La fille de ce jeune couple, Françoise Rouleau, va épouser Yves Denis, de Hillion, aussi cordier. Plusieurs générations de Rouleau vont perpétuer le métier de cordier, au moins jusqu’en 1861, année où Joseph Rouleau, cordier, est recensé avec sa famille à la Maladrie. Quand à la Caquinerie, elle est citée sous ce nom dans le recensement de 1851, après la Vallée, avec pour habitants un aubergiste et un sabotier. Finis les caquins. Puis les cordiers vont disparaître à leur tour. Seul le village de la Maladrie a conservé son nom pour rappeler toute cette histoire.

  • Une chapelle Saint-Germain est mentionnée en 1553 dans un aveu de la seigneurie du Vauclair, qui situe le village du Pré-Guyot sur le chemin de Moncontour à « la chapelle de Saint-Germain ». A l'époque, cette chapelle est souvent utilisée comme point de repère ; nous n'en savons pas plus.

    Mais durant le XVIIème siècle, avec les registres paroissiaux, tout s'éclaircit : la chapelle, entourée d'un cimetière, est un centre paroissial très vivant, avec la messe du dimanche, célébrée par un chapelain, beaucoup d'obsèques et sépultures ainsi que quelques mariages. Ce lieu de culte concerne des gens de tout âge et de toute condition.

    La première sépulture connue est datée de 1637. Elle indique « Décès de Gilette Rio, inhumée en la chapelle de Saint-Germain ». La date coïncide avec le premier registre de décès de Hénon. A-t-on inhumé avant à Saint-Germain ? Probablement, mais il ne reste pas de traces écrites. Pour l'année 1639, cinq inhumations sont notées pour Saint-Germain, soit dans la chapelle, soit dans son cimetière. Et ça continue ainsi, de façon irrégulière, jusqu'au début des années 1700.

    Dernière sépulture en 1742


    Les nobles, des Granges ou de Belle-Vue, de la Haute-Ville ou de la Rosaye (Roselaie), étaient aussi des fidèles de Saint-Germain, bien que certains aient leur propre chapelle. Ainsi en 1644, « Damoiselle Péronnelle Le Mintier, des Granges, inhumée dans la chapelle de Saint-Germain » ; plus tard, il en est de même pour Thérèse De Courson, et pour écuyer Jean-Baptiste de Courson, de la Haute-Ville. Quant aux nobles de la Rosaye, les Rouxel, sieurs du Préron, ils avaient un droit d'enfeu et de tombeau de marbre prohibitif dans la même chapelle. A partir des années 1650, l'âge du défunt et son village sont indiqués : Pierre Hervé, 66 ans, du Pré-Guyot par exemple.

    Les mariages apparaissent à la fin du siècle et la chapelle est appelée l'église de Saint-Germain ; en 1684, mariage de Jean Cosson, moulnier (meunier) à la Maladrie, et Marie Le Molle, du Faubourg d'Arondel, dans l'église de Saint-Germain. En 1689, mariage de François Trécherel et Jeanne Nivet, dans le même lieu. Pour l'année 1705, nous avons une précision supplémentaire : « le dimanche 15 février 1705, en la chapelle de Saint-Germain, mariage de Gilles Gautier et Gilette Mole, bénédiction par missire Roland Méheust, chapelain de la dite chapelle ».

    Pour les sépultures, c'est dans les années 1680 qu'il y en a eu le plus à Saint-Germain. On en compte six en 1684 et neuf en 1686. Après, il n'y en a plus que un ou deux par an. Au passage, signalons en 1689 un centenaire, avec un acte de décès détaillé : « Décès de Thomas Bédel, 104 ans, enterré à Saint-Germain, chapelle de notre paroisse de Hénon, par Missire Laurent Le Chapelier, chapelain de la dite chapelle ».
    Par la suite, mariages et sépultures à Saint-Germain vont s'espacer : dernier mariage trouvé, celui de Hiérosme (Jérôme) Loncle et Péronnelle Gerno, en 1709, en présence du soussignant qui a ensuite célébré la sainte messe en la chapelle Saint-Germain. La dernière sépulture est peut-être celle de François Baudet, âgé de 70 ans, en 1742, soit environ un siècle après celle de Gilette Rio en 1637.

  • Trois autres enfants de Hénon , tous habitant le même secteur, partirent travailler au titre du STO et moururent en Allemagne sous les bombardements par les alliés des usines où ils travaillaient? Il s'agissait d'Ange Gallais, du Clos des Aulnes, de Marcel Français (né à Plémy), dont les parents étaient venus prendre la ferme de la Petite Haute Ville et de Pierre Georgelin (venant de Plouguenast pour habiter au Pont Rado).

    Ainsi, sur environ 1 100 personnes des Côtes du Nord qui ont été déportées 530 sont décédées dans les camps, dont 130 femmes et plusieurs enfants principalement issus de familles juives. Pour la seule ville de Saint-Brieuc, 144 personnes furent déportées dont beaucoup, d'origine juive, étaient acteurs de la vie économique (professions libérales et commerçants). Les communes bordant Hénon ont toutes elles aussi connues la perte de certains des leurs dans les camps : trois à Moncontour, deux pour Plémy et deux pour Quessoy.

  • Troisième et dernière victime hénonnaise des camps dont Pierre Corbin honore la mémoire : Pierre Le Hérissé.

    Pierre, Marie, Antoine Le Hérissé est né le 22 mai 1922 au Pont Joret à Hénon. Célibataire et agriculteur comme tous les gars de sa classe, il est réquisitionné par le gouvernement de Vichy (sur demandes des autorités allemandes) pour aller travailler en Allemagne au sein du STO (Service du Travail Obligatoire) afin de remplacer les soldats allemands partis sur le front. Les Français qui refusaient d'intégrer le STO entraient dans la clandestinité et étaient contraints de vivre sous une fausse identité afin de ne pas être arrêté par la gendarmerie? Pierre Le Hérissé rejoint quant à lui le STO par peur de représailles contre sa famille.

    Les hommes partis dans le cadre du STO étaient des travailleurs qui ne faisaient pas la guerre, ils devaient être considérés (alimentation et soins) comme n'importe quel citoyen en ces temps difficiles? Si Pierre Le Hérissé a été envoyé dans un camp de concentration, c'est, à n'en pas douter, pour des faits d'opposition à l'Allemagne nazie (refus de travailler pour l'ennemi ? Sabotage des pièces dans une usine où il travaillait ?...). La gestapo l'arrêta donc pour son attitude antinazie et il fut interné le 2 septembre 1944 au camp de sinistre réputation qu'était Dachau (libéré par les américains le 29 avril 1945). Pierre Le Hérissé décéda dans ce camp dans l'anonymat le plus complet, la date de son décès n'étant pas connue? L'on devine hélas ce qui a été fait de sa dépouille dans ce sinistre camp. Une demande de jugement déclaratif de décès a été effectuée par Pierre Klein (1) le 23 avril 2010.