Les Fagoteries (suite)

Bien qu'HÉNON soit une commune très boisée et très étendue (plus de 4 000 ha) le bois était très recherché. Ceux qui n'en possédaient pas fagotaient pour les propriétaires « à moitié » (moitié pour eux et moitié pour le propriétaire), et même les ronces et les épines étaient alors ramassées. On laissait d'ailleurs pousser en plein champ les genêts (surtout en terres acides) qui, arrivés à une certaine grosseur, étaient arrachés (une fouérie de genêts) pour être mis en fagots. Des fermes très boisées comme le Seurre en HÉNON livraient la même année 5000 fagots ! Les fagots étaient souvent mis en meï (en tas) le vendredi Saint parce que ce jour-là il était interdit de tourner la terre (la travailler l'aurait fait saigner disait-on). C'était tout un art de faire la meï, il fallait d'abord savoir berchueter (disposer les fagots de sorte d'équilibrer la meï) et savoir mettre les fagots qui avaient le plus de triques dans le bout? Surtout s'ils étaient destinés à la vente ! Les fagots en dehors de l'usage personnel à la ferme et leur commerce, servaient à troquer du pain avec le boulanger. Ainsi, quand un paysan prenait du pain, on faisait « marquer » sur le livre de compte, et chaque année le boulanger se payait avec les fagots. A l'époque où il y avait deux boulangeries à HÉNON, celle de François LAMANDÉ et « Marie du pain » (Marie HERVÉ) et celle de René le bien nommé, LE BOULANGER, et son père Charles (actuellement BOUDER), ils ramassaient environ chacun 5 à 6 000 fagots dans l'année et ceci jusque dans les années 1960. Ainsi, pour la première fournée du matin (il y en avait 3 par journée) il fallait 7 à 8 fagots (5 fagots pour les deux autres).

Quand le boulanger était prêt à prendre le bois c'était « à qui arrive les premiers », car à mesure que la meï montait cela devenait de plus en plus fatigant et nécessitait davantage « de monde ». En attendant son tour, c'était aussi l'occasion pour discuter entre fagotous et boire une bolée de cidre? Pour certains (c'était d'ailleurs le cas à HÉNON, QUESSOY et SAINT-CARREUC), c'était aussi l'occasion de faire un peu d'argent : on vendait des fagots dans les communes de la baie de SAINT-BRIEUC (YFFINIAC mais surtout LANGUEUX où le paysage se caractérise par l'absence d'arbres). Afin d'attirer les acheteurs potentiels, on mettait ses plus beaux fagots sur le devant de l'esselon (devant de la charrette), on remarquait disait-on un beau fagot au nombre de triques qu'il contenait (entraînant les fagotous à faire preuve de malice pour vendre leur bien). Enfin, pour ne pas revenir à vide (sur plus de 15 kilomètres pour certains), on ramenait de la grève (on dit encore aujourd'hui de la mâre) qu'on retirait du fond de la baie d'YFFINIAC et qui servait d'amendement calcaire aux sols acides.