Les Hénonnais au 19e siècle, par Jean Ruellan

Comment vivaient nos ancêtres vers le milieu du XIXe siècle, avant toute modernisation, à une époque déjà bien loin de nous ? Nous allons essayer ici d’apporter quelques réponses à partir du recensement de 1846, celui qui nous a paru le plus complet.

L’habitat dispersé, tradition bretonne, veut qu’il y ait des maisons partout. Cependant, il existe des différences par rapport à aujourd’hui : La Ville Avenet est le village le plus peuplé avec dix-neuf maisons, tandis que Beau Soleil n’en compte que deux dont une auberge – cela est dû à sa situation de carrefour. La butte froide et rocailleuse n’attirait pas les anciens.

Le Vau Gouro compte quinze maisons en 1846, contre une seule pour le Vaujudée ; Claquenêtre treize et Le Seur une. Autres villages peuplés : le Boscadalu et Launay-Noël avec douze maisons, Le Rocher avec dix maisons (Le Champ Clineuf n’existait pas), puis les Aulnays, Le Pissot (ancien nom de La Touche Nicolas), La Roche, Pellan et La Brousse avec chacun huit maisons.

Au total, nous dénombrions cent-soixante villages pour 3368 habitants.

Ça va ensuite évoluer. La Grande métairie des Jaunaies, dépendant de La Mare, et qui est nichée dans un creux, va disparaître ; les ruines sont toujours là. A côté va naître Le Morvenais et, plus tard, Les Gages, en 1925. Autres villages disparus : Le Petit Guerlan, Le Grand Pré (au-dessus de La Touche Heurtault), L’Epine Haras ou Hermitage (près de La Ville Méher), et beaucoup de moulins dont celui de la Cornillère dans la vallée face au Bas Guerlan et celui de La Mare, qui sera rasé en 1972. Néanmoins, d’autres moulins ont été bien rénovés, comme celui de la Maladrie et du Moulin au Comte.

Quant au bourg, il compte soixante maisons en 1846 et 395 habitants. Mais ce n’est pas le bourg d’aujourd’hui : la moitié des gens sont des laboureurs, travaillant leur petite métairie à la périphérie – et même au centre, comme à La Salle. En plus, douze artisans dont deux maréchaux. Pour tout commerce, sont recensés deux aubergistes !

Imaginons ce bourg, aggloméré autour de la vieille église et du cimetière qui l’entourait, avec le passage des troupeaux de vaches, des charrettes et chars-à-bancs, l’odeur de sabots brûlés devant les forges des maréchaux, animations et bons parfums assurés toute l’année !

Côté professions, les laboureurs sont évidemment majoritaires : 305 sur 542 foyers, soit plus de la moitié. Joseph Le Hérissé du Pont Joret est le seul « cultivateur ».

Suivent les artisans. Une trentaine travaille encore dans le textile dont douze tisserands, onze filandières, quatre tailleurs, un foulonnier et un teinturier (à Arondel). La filière bois est aussi bien représentée : un scieur de long (au Moulins Payant), sept charpentiers, trois menuisiers, un charron (Joseph Deffin à La Touche Heurtault), deux tonneliers (à Pellan), deux sabotiers. Ajoutons pour le bâtiment six maçons et deux couvreurs.

Le métier de meunier reste irremplaçable, on en dénombre vingt-deux dont cinq au Moulin de la Ville Norme, les autres aux Grands Moulins, à Arondel, à La Maladrie, à La Mare, à L’Ecluse, à L’Elbrun… Mais pas de boulangers : chacun cuit son pain au four du village. Ni boucher, ni épicier, ni notaire, ni médecin : ces professions sont à Moncontour.

Les châtelains sont recensés comme « propriétaires ». Il y a de la vie aux châteaux avec des familles assez nombreuses et des domestiques.

Le Culte est assuré par un « desservant » ou recteur, l’abbé Aimé Huet (déjà à Hénon en 1836), ainsi que par deux vicaires. L’école des filles est confiée à trois religieuses et celle des garçons à un jeune instituteur qui habite au presbytère.

Autre révélation de ce recensement : la composition des foyers. Beaucoup de gens vivent en effet sous un même toit. Nous trouvons, là, des « maisonnées » de douze, quinze, dix-sept ou même vingt personnes, comme à Bel Orient et au Seur. Deux ou trois couples, avec enfants, vivent ensemble, auxquels s’ajoutent beaucoup de domestiques et quelques enfants de l’hospice.

Quelques exemples : au Clos des Aulsnes, seize personnes dont six domestiques ; aux Jaunais, dix-neuf personnes, deux couples et trois domestiques ; à La Petite Haute-Ville, dix-sept personnes dont quatre domestiques… On agrandit les maisons, qui deviennent des longères, très prisées aujourd’hui – mais pour d’autres raisons.
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Voilà un modeste tableau de notre commune rurale à une époque bien révolue, qui vivait presque en autarcie en attendant de nouveaux horizons.