Veillées en hiver

Premier acte des ses chroniques pour cette nouvelle année les dictons locaux sur les saisons et les veillées sur HENON (prochainement les fagoteurs et les traditions religieuses).

A la base des dictons : les observations des anciens

La vie à la campagne jusqu'à la moitié du 20ème siècle était autrefois marquée par un certain nombre de croyances et de manifestations, qui revenaient immanquablement au calendrier l'année suivante. Leur caractère essentiel était déterminé par le cycle du soleil. Pendant les jours courts de l'hivernage, la vie se confinait pour l'essentiel à l'intérieur, alors que les longues journées allaient de paire avec l'intense activité à l'extérieur.

Depuis toujours l'homme a eu pour souci premier, tant il en était tributaire, de connaître le temps afin d'accomplir son travail quotidien, et espérer de bonnes récoltes. N'ayant pas comme nous autres aujourd'hui ni la télé ni la radio, et n'étant pas encore habitué au confort qu'est de recevoir son journal quotidien qui vous donne la météo tous les jours? C'est donc par leurs observations que les anciens élaborèrent leurs dictons, parfois contradictoires (et contestables), qui faisaient alors force de vérités.
Ainsi, en observant le temps qu'il faisait pendant les 12 jours entre Noël et l'Epiphanie on déterminait le temps qu'il ferait pendant les 12 mois à venir !
Voici quelques exemples de ces dictons :

« A la veille de Noueï (Noël), quand l'soulaï (soleil) passe au traveï (travers) des pommieïs (pommiers), jaourons (vous aurez) des pommes toute l'année ».
« Année ventouse (venteuse), année pommouse (à pommes) ».
« Févérier (Février) empouit (emplit) les douves? Mars les quirent (les vident) ».

Le repos forcé de l'hivernage pèse sur le village engourdi. Il faut tuer le temps : le jour est court, les soirées sont longues? Les familles d'un même village s'assemblent? La « consommation » principale était le cidre, le vin était très rare en campagne, par contre, pas question d'offrir un café sans apporter la bouteille de goutte (eau de vie) sur la table et pour finir une petite « rincette » (eau de vie) si ce n'était pas deux ! La période des fêtes passée, les veillées consistaient à des longues heures de labeur à filer, tisser, coudre, réparer des outils? Mais aussi à jouer (cartes, dominos,?), à chanter, à flirter (« conter fleurette »).

Le patron de l'hôté (la maison) faisait goûter son cid nouviau (nouveau), on goûtait à tous les faoussets (trou par lequel l'on goûtait le cidre dans une barrique). Les premières bolées disparaissaient dans le gosier des invités, et quand l'ambiance montait d'un ton, la patronne en profitait pour faire des crêpes, des beignets, un bon mic (café) et, avant de s'en aller, on buvait un bon flip (mélange de cidre chaud, de sucre et d'eau de vie). Vous ne sentiez pas le frê (froid) en vous en allant chez vous?

« La disparition des veillées, haut lieu de la vie communautaire, témoigne de cette transformation de la sociabilité«

La disparition des veillées, haut lieu de la vie communautaire, témoigne de cette transformation de la sociabilité paysanne. C'est la disparition avec elle de tout un monde marqué par le cycle des saisons, les
superstitions, l'isolement,? « Un peuple folklorique (au sens noble du terme) à l'horizon proche et protecteur, et par conséquent d'autant plus fier des valeurs de son pays? »1